Violences sexuelles: l' horreur banalisée

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

Juin 2008.  Une méprise législative et un puritanisme hypocrite tendent à faire de la RDC la championne du Monde des violences sexuelles. Pourtant, on viole davantage dans les autres pays...

ACP/MCN Syfia   RadioOkapi    A Kisangani, la fréquence des viols est restée assez élevée , avec moyenne est de 25 à 30 cas de viols par mois.  Il a été constaté que les viols des filles mineures par des garçons mineurs prennent de l'ampleur. Des filles de 14 à 16 ans sont "violées" par les garçons de la même tranche d'âge. 

Au Katanga, c’est dans les mines qu’on enregistre le plus grand nombre de viols commis surtout par des creuseurs artisanaux. " Des féticheurs recommandent de chevaucher des fillettes même de trois ans, afin d’avoir des minerais à forte teneur ...de nombreux cas d’abus sexuels sont commis sur des enfants dont l’âge varie entre 7 et 15 ans",. Le procureur général a ordonné que les auteurs des violences sexuelles ne bénéficiernt plus de liberté provisoire. " lorsque l’auteur d’un viol n’est pas arrêté, cela donne l’ impression que la justice n’est pas rendue".

Wikipedia   Amnesty International     En moyenne dans le monde, près d’une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de son existence. En Afrique du Sud, 147 femmes sont violées chaque jour. Aux Etats-Unis, 700’000 femmes sont violées ou victimes d’autres formes d’agressions sexuelles chaque année. 14,8% de ces femmes ont moins de 17 ans.  En France, entre 50‘000 et 90‘000 femmes ont été violées, et de nombreuses victimes n’ont pas dénoncé leur viol. Les abus sexuels sur des enfants sont également très nombreux. Sur 1'200 filles, âgées de 16 à 17 ans, interrogées lors d’une étude effectuée à Genève, 20% ont répondu avoir été au moins une fois abusées sexuellement.

A relire: Violences sexuelles et ceintures de chastété 
sur http://congograndbeauetrichepays.over-blog.com/article-21417250.html

 

DECRYPTAGE de Juin 2008  par Marcel Yabili           On n' entend plus que cela. Les violences sexuelles. Le Congo n' est pas l' Afrique du Sud qui reste le vrai réservoir de vraies violences sexuelles. Mais en RDC on mélange l' horreur avec l' erreur. La première relève de l' animalité bestiale qui survient, certes, mais qui reste marginale avec pour terrain de prédilection les Kivus. La seconde est le fruit du relèvement artificiel de la majorité sexuelle de 14 à 18 ans. C'est une grossière erreur sociale et historique.

 

Une loi de 2006 a relevé artificiellement la présomption de viol de 14 à 18 ans, cela en contradiction avec les données sociologiques, historiques et même universelles. La loi coloniale avait adopté la majorité sexuelle de 16 ans, et suite à des répressions inadaptées à la maturité africaine, elle a été rabaissée à 14 ans. Cela en harmonie avec la maturité physiologique appuyée par les coutumes locales qui situent l' initiation ou rite de passage de l' enfance à l' âge adulte à la puberté. Car dès 14 ans, les jeunes sont conscients de leurs corps et capables d' identifier des rapports volontaires de ceux qu' on leur imposerait. Actuellement, la "vieille Europe" fixe la présomption de viol à l' africaine, et à 14 ans! C' est l' époque choisie par la RDC pour la remonter à 18 ans. Le même excès répressif fait qu' on est puni à perpète pour contamination délibérée d' une infection sexuellement transmissible incurable, en d' autres termes, si on se sait séropositif ...

 

C' est, pour le moins, de la folie collective. On ne peut tout de même pas imaginer que les filles pubères mettent la ceinture de chasteté jusque 18 ans, ni surtout, qu' elles sont des gamines incapables de jugement. Tout cela dans une société où la sexualité est omniprésente, nourrie du mythe de la copulation quotidienne. Aux coins de rue, des clips pornos sont chargés dans les téléphones portables, les salles de projection de films X pullulent, les potions d' aphrodisiaques sont renforcées par des génériques du Viagra. L' horreur a été banalisée.

 

On aurait dû appliquer les lois qui existaient et s' occuper des viols véritables. Car ce n' est pas en relevant le niveau des peines qu' on combat la criminalité. Le Pays en a déjà fait l' expérience avec, pour quelques mois, la condamnation à mort pour les détourneurs de deniers publics. Les chèques sans provision étaient devenus, pour un temps, punissables de 10 années d' emprisonnement; conséquence, les coupables se battaient bec et ongles pour éviter la punition. Ce fut le feu vert à la corruption des magistrats, et cette loi fut rétractée, faute de condamnés. La répression démesurée des violences sexuelles subira certainement le même sort et  stimulera la corruption. 

 

 

Loi N° 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles     http://www.societecivile.cd/node/3089     

Le Code Pénal a été modifié parce que « depuis la seconde moitié du siècle passé, il s’est développé à travers le monde une nouvelle forme de criminalité à grande échelle justifiée le plus souvent par les intérêts d’ordre économique, social et politique. Il s’agit particulièrement des violences sexuelles ».

Articles 167 et 170  Est réputé viol à l’aide de violences, le seul fait du rapprochement charnel de sexes commis sur la personne d’un enfant âgé de moins de dix-huit ans. Il est puni de cinq à vingt ans et l’amende ne peut être inférieure à cent mille Francs Congolais constants.
Le viol est confirmé pour : 
a) tout homme, quelque soit son âge, qui aura introduit son organe sexuel, même superficiellement dans celui d’une femme ou toute femme, quel que soit son âge, qui aura obligé un homme à introduire même superficiellement son organe sexuel dans le sien ;
b) tout homme qui aura pénétré, même superficiellement l’anus, la bouche ou tout autre orifice du corps d’une femme ou d’un homme par un organe sexuel, par toute autre partie du corps ou par un objet quelconque ;
c) toute personne qui aura introduit, même superficiellement, toute autre partie du corps ou un objet quelconque dans le vagin ;
d) toute personne qui aura obligé un homme ou une femme à pénétrer, même superficiellement son anus, sa bouche ou tout autre orifice de son corps ou par un objet quelconque.


Article 174 b : Sera puni de trois à cinq ans, avec une amende de cinquante mille à cent mille Francs Congolais constants ,
- quiconque aura diffusé publiquement un document ou film pornographique aux enfants de moins de dix-huit ans ;
- quiconque fera passer à la télévision des danses ou tenues obscènes, attentatoires aux bonnes mœurs,…


Article 174 i : Sera puni d’une peine de servitude pénale à perpétuité et d’une amende de deux cent mille Francs Congolais constants, quiconque aura délibérément contaminé une personne d’une infection sexuellement transmissible incurable.