Tentations d' une tente ...

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

Le passé bon ou mauvais, l' histoire des hommes et la mémoire des objets ne devraient jamais être jetés dans l' oubli. On doit les connaître et les reconnaître pour identifier ce qui a marché, et comment, ou ce qui a mal tourné, et pourquoi. L' implantation d' une tente sur le parking du chef d' oeuvre architectural de Claude Strebelle illustre cette exigence. L' artiste doit se retourner dans sa tombe, mais les vivants sont là, debouts, avec des yeux qui voient encore ...

 

La mémoire profanée

 

L' histoire de la ville de Lubumbashi a déjà été contrefaite avec la pseudo-comémoration du centenaire de la cité en 2010, au lieu de 2011. On n' avait même pas évoqué Emile Wengermée, le créateur d' Elisabethville, pour créer des complexes avec Johannesburg. Les oublieux de l' Histoire se recrutent dans les cercles de qui renforcent l' identité katangaise avec le vice-gouverorat général du pays confié au même fondateur...

 

 

Il y a aussi cette idée sacrilège de démanteler l' aire culturelle où trône le Théâtre de la Ville et d' affecter l' extension du Musée et l' Esplanade à un projet commercial de Sud Africains. Comme si à Johannesburg on se serait risqué à sacrifier ainsi un patrimoine collectif. Gratuitement, tant il y a de la place à Lubumbashi!

 

 

Déjà, le Théâtre de la Ville avait été dégradé et dénommé pompeusement " Bâtiment", synonyme de "Hangar", de "Dépôt". Il existe, en effet, des "Ateliers d' Art", mais les Artistes et les amoureux de la Culture du Katanga ont été évacués du Temple. Y campent désormais, des députés et, même, les guichets de délivrance de passeports et de vente de vignettes automobiles.

 

Voilà qu' en prévision de la fête de l' Indépendance de 2011, on n' a pas trouvé mieux que le parking du Théâtre de la Ville pour implaner une immense tente pour une réception de gala. L' Esplanade aurait pu servir. Mais la tente n' était pas tentante. Strebelle avait aménagé un patio  central pour pareilles manifestations. Les coloniaux en avaient profité. Et pour commémorer l' Indépendance, on verse dans une forme de nouvelle coloniation mentale, en campant en dehors du Palais... Les esprits n' ont-ils pas droit aux grands espaces de l' Histoire, de la dignité et du respect? Surtout lorsque des pierres en parlent! Illustration en quatre images.

 

 

Tente devant le ThéâtreTheatre-vue-satellite.jpg

  patiotheatre.jpg

http://users.skynet.be/aloube/Elisabethville.htm 

 

 

La mémoire, c' est le respect de la Vie

S. O’ neil         En prévision de la commémoration du 10ème anniversaire des attentats du 11 septembre, les USA envoient à des pays étrangers des pièces trouvées dans les décombres des tours jumelles pour qu’elles soient utilisées comme monuments ou dans des musées. Poutres, fondations, supports métalliques, vêtements etc.  L’expédition de chaque élément est précédée par une cérémonie d’hommages aux disparus et de la pose du drapeau américain sur la pièce commémorative.

Pendant les années de guerre congolaise, il y avait eu autant de morts par jour que de victimes de la seule journée du 11 septembre ! Est-ce que les vies des millions de victimes des plus grandes atrocités de l' après deuxième Guerre Mondiale méritent l’oubli national et l’amnésie totale ? Leur mémoire ne mériterait même pas des assemblages de vis et de tôles, et de bouts de vêtements comme monuments ou pièces de musée? Une place dans les têtes ... et dans les coeurs?

 Galerie photos sur http://www.time.com/time/photogallery/0,29307,2079201,00.html

 
L’amnésie risque de faire honorer des criminels de guerre
 
En 1961, les casques bleus de l’ONUC avaient pillé le Théâtre de la Ville, en emportant le rideau pourpre de la scène. C’étaient des Ghurkas.
L’ambassade de l’Inde projette un monument qui serait érigé à la place du Carrefour à Lubumbashi pour honorer la mémoire de ces Indiens.
Aucune "autorité" n’ a bronché.
Parmi eux, ceux qui se réclament du Katanga de Moïse Tshombé contre lequel les mêmes soldats redoutables avaient combattu.
Mais pour l' Histoire, les Gurkhas avaient été accusés de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité » contre les populations de la ville!
Des crimes imprescriptibles, et normalement inoubliables!