Les blessures vives sont plus douloureuses que les cicatrices

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

 

Les agitations du Rwanda autour de la terminologie de "génocide" sur le territoire de la RD Congo ne peuvent effacer ni amoindrir la réalité et la gravité des faits. Des crimes horribles ont eu lieu. Et la véritable question est celle de la légitime défense et de la riposte disproportionnée. Est-ce que la sécurité des survivants du génocide de 1994 méritait d' entraîner le Congo dans un cycle d' horreurs et de destructions sur quinze années? La victime de 1994 est devenue elle-même un criminel, de la manière la plus vicieuse, car le Congo n' était pas impliqué dans le génocide rwandais. Mais il continue à en payer le prix. Et cette violence est toujours aussi présente et vive. Plus perverse et plus odieuse que le génocide-même. Car les blessures vives sont plus douloureuses que des cicatrices.
 
 
 
Mapping rapport

 «On dit qu’il faut d’abord ramener la stabilité... avant de se préoccuper de justice. Mais désigner des criminels n’a jamais été une recette d’instabilité. C’est l’impunité qui la perpétue. L’approche de l’autruche qui enterre l’information n’est pas une manière d’aller de l’avant.» Patricia Gossman. Spécialiste de l’Afghanistan, chercheuse à l’International Center for Transitional Justice. Citation de Angélique Mounier-Kuhn

Réactions congolaises
  
Xinhuanet    L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a appelé ses membres et sympathisants à manifester leur soutien au rapport de l'ONU, devant le quartier général de la  MONUSCO à Kinshasa, tout en dénonçant « le pillage et la mauvaise gestion du pays ».
  
AFP    Ileka Atoki, ambassadeur de la RDC auprès des Nations Unies à New York, déclare après la publication par le Bureau du Haut Commissaire aux droits de l’Homme de l’Organisation des Nations Unies du Rapport sur les atrocités commises en RDC, entre 1993 et 2003: " Le rapport est détaillé, il est crédible. Il fend les cœurs. Nous sommes consternés devant cette horreur indicible et l’étendue des crimes que le peuple congolais a endurés. Des millions de congolais, hommes, femmes et enfants, ont subi le joug des conflits qui ont émaillé mon pays ces quinze dernières années. Les victimes congolaises méritent justice.  Elles méritent que leurs voix soient entendues.  Pendant longtemps celles-ci furent étouffées".
 
Il y a 10 ans déjà
  
CIJ1999   Dans sa plainte à la Cour Internationale de Justice à la Haye, la RD Congo avait énoncé des violations perpétrées par le Rwanda.

L'ensemble des violations successives des droits de l'homme perpétrées par la République rwandaise depuis le 2 août 1998 ont été l' objet de deux Livres Blancs qui illustrent une véritable politique menée par le Gouvernement rwandais à l'encontre de la République démocratique du Congo et la lourde responsabilité qui pèse sur ses dirigeants après les massacres humains à l'aéroport de Kavumu, à Kilungutwe, à Kasika et à  Makobola, les viols, les tentatives d'enlèvements et d'assassinats contre les activistes des droits de l'homme, les arrestations, détentions arbitraires, traitements inhumains et dégradants, les pillages systématiques des institutions publiques et privées, les expropriations des biens de la population civile et les violations des droits de l'homme.
 
PDF de l' acte d' accusation:


Condamnation sans appel de l' Ouganda
 
2005   La Cour Internationalede Justice: "  Déclare recevable la demande de la République démocratique du Congo selon laquelle la République de l'Ouganda a violé les obligations lui incombant en vertu du droit international relatif aux droits de l'homme et du droit international humanitaire;
 
Dit que, par le comportement de ses forces armées, qui ont commis des meurtres et des actes de torture et autres formes de traitement inhumain à l'encontre de la population civile congolaise, ont détruit des villages et des bâtiments civils, ont manqué d'établir une distinction entre cibles civiles et cibles militaires et de protéger la population civile lors d'affrontements avec d'autres combattants, ont entraîné des enfants-soldats, ont incité au conflit ethnique et ont manqué de prendre des mesures visant à y mettre un terme, et pour n'avoir pas, en tant que puissance occupante, pris de mesures visant à respecter et à faire respecter les droits de l'homme et le droit international humanitaire dans le district de l'Ituri, la République de l'Ouganda a violé les obligations lui incombant en vertu du droit international relatif aux droits de l'homme et du droit international humanitaire;
  cij arrêt
 
Condamnation morale du Rwanda
 
2005  Déclaration du président de la Cour Internationale de Justice:
 
" La Cour ne peut connaître d'un différend que si les Etats concernés ont consenti à sa juridiction. Dans l'affaire introduite par la RDC contre le Rwanda, ce dernier n'a pas fait de déclaration et il n'existe tout simplement pas d'élément prouvant que le Rwanda aurait consenti à ce que le différend soit examiné par la Cour.
 
Néanmoins, il existe une distinction fondamentale entre la question de l'acceptation de la juridiction de la Cour par les Etats et la conformité de leurs actes avec le droit international. Qu'ils aient accepté ou non la juridiction de la Cour, les Etats sont en effet tenus de se conformer aux obligations qui sont les leurs en vertu de la Charte des Nations Unies et des autres règles du droit international, y compris du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits de l'homme. Ils demeurent responsables des actes contraires au droit international qui pourraient leur être attribués".
 
La procédure en cours en Espagne
  
Les crimes antérieurs à 2002 échappent à la compétence de la Cour Pénale Internationale. Mais les crimes de guerre et les crimes contre l' humanité sont imprescriptibles. Ils peuvent être poursuivis devant les tribunaux ordinaires.
 
Depuis 1998, le juge espagnol Fernando Andreu poursuit 40 militaires rwandais, dont 11 généraux ( y compris le ministre de la défense et général James Kabarebe) pour «génocide, crimes contre l’humanité et terrorisme» commis dans les années 90. Fernando Andreu estimait à 4 millions les victimes de cette politique de «domination géostratégique». Paul Kagame est cité au nombre d' inculpés.
 
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