A Madiba, deux mots

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

A Jay.  Le Dieu vivant et noir qu’ adore et célèbre le Monde a des taches d’ ombres congolaises et quelques questions auxquelles j’ aimerais bien qu’ il réponde. Porte-lui ma lettre.

 

Madiba,


Vous avez été libéré en 1991,
mais au bout d’ un processus de négociations secrètes toutes à l’ honneur de Frederik Declercq avec lequel vous avez partagé à la fois le Nobel de la Paix et la première présidence de la démocratisation sud africaine. Le Zaïre avait pris une part active dans la dernière ligne des réformes. En 1988, le chef de l’ Etat sud africain avait rencontré Mobutu à Goma avec au programme le désengagement de l’ armée sud africaine de l’ Angola et votre libération.


Et pour récompense, les Zairois furent autorisés à voyager en Afrique du Sud sans visa
et même, dans ce pays de l’ Apartheid, les zairois étaient traités à l’ égal des racistes blancs discriminants. Jamais notre nationalité n' aura été autant honorée. Mais en 1994, Madiba, vous avez été élu chef d’ Etat, et l’ une de vos premières mesures fut d’ annuler le privilège des zaïrois et de les soumettre non seulement aux formalités de visas, mais également à des conditions tatillonnes qui se poursuivent en 2009. Pourquoi cette déchéance d’ un droit d’ accès que les racistes nous avaient concédé ?


En 1994, les splendeurs de votre intronisation avaient détourné les projecteurs de Kigali
, de la guerre civile meurtrière et du Génocide. Cela vous a-t-il culpabilisé? En 1996, Kagame s’ est servi de L-D Kabila comme couverture pour envahir le Congo. Les troupes avaient traversé la frontière à Goma et à Bukavu et avaient marché à travers la forêt jusqu’ à prendre Kisangani, Kindu, Mbuji Mayi et Kalemie. Mais Lubumbashi, seconde ville du Pays, avait été prise par des troupes venues de la Zambie et amassées derrière la frontière de la cité minière de Kipushi. Comment étaient§elles arrivées là? Il y avait eu une véritable opération militaire aéroportée qui indique une complicité internationale pour donner à l’ AFDL un avantage décisif. On voit mal le président zambien Fréderic Chiluba couvrir un tel mouvement militaire. Mais on vous y voit mieux, Madiba.


D’ ailleurs, vous n’ aviez cessé de ménager Kabila
, même lors de son tête à tête avec Mobutu  sur l’ Outenika au large de Pointe Noire. Vous aviez jugé que le projet d’ une transition de deux années était positif  et que les élections folkloriques de gouverneurs de province dans les stades de Kisangani et de Mbuji Mayi constituaient un début de démocratie. Mieux, votre vice-président, Thambo Mbeki, avait débarqué à Lubumbashi pour discuter avec Kabila des perspectives de relations économiques. C’ était un casus belli d’ une audace suprême ; quels étaient ces intérêts majeurs qui vous avaient fait prendre publiquement le risque de traiter avec une autorité rebelle, alors que le régime de Mobutu était encore en place à Kinshasa? Le peu qui a transpiré par la suite, fut l’ attribution en double des rejets de Kolwezi ( Nb actuellement KMT de FQM) à l’ Anglo American, les mêmes que Kabila avait déjà donnés à l’ AMFI à partir de Kisangani. Mais l' Anglo y renonça.


Sur le plan politique, les plans de l’ AFDL reléguaient Kabila au second plan
, et la présidence de la République devait revenir naturellement à son président Deogratias Bugera, un tutsi. On sait que le 17 mai 1997, Kabila opéra un coup d' Etat de palais en s' auto-proclamant chef de l' Etat. Madiba, vous connaissiez les plans Tustis et vous les aviez appuyés. Vous saviez aussi qu’ une transition était en place et que Mobutu était déjà condamné par son cancer dont il est mort 3 mois à peine après la chute de Kinshasa. A qui penziez-vous pour reprendre le fauteuil de Mobutu?


Mais en 1998, L-D Kabila était devenu encombrant
. Il avait muté en un potentat à l’ idéologie « paléo-lumumbiste », se brouillant avec la communauté internationale. Il y eut une sorte d’entente de s’ en débarrasser. Et lorsque la guerre civile éclata, les troupes rwandaises avaient réalisé un formidable raid aérien à l’ israélienne, en arraisonnant un avion de Congo Airlines à Goma et en débarquant des troupes à la base de Kitona, sur la côte Atlantique. Un exploit militaire inégalé. Mais cet avion faisait escale à Lusaka ; et on retrouve en 1998 le même scénario de 1997 avec l’ utilisation du territoire zambien pour une manoeuvre de contournement militaire. Une fois de plus, Chiluba n’ aurait pas pu organiser cela tout seul. Madiba, vous le pouviez. D’ ailleurs, lorsque Kinshasa fut menacée par les rebelles rwandais, vous aviez fait pression sur la Tanzanie pour qu’ elle rapatrie ses troupes qui étaient stationnées dans la capitale congolaise et qui auraient pu apporter une couverture à Kabila, le banni. Et comme c’ était urgent, vous aviez affrété des avions pour évacuer les troupes tanzaniennes. Tout dans votre comportement indiquait que L-D Kabila devait tomber.  Mais puis-je savoir par qui il aurait été remplacé avec les troupes rwandaises à Kinshasa ?


L-D Kabila fut sauvé de justesse
par le débarquement des troupes zimbabwéennes. Mugabe était, alors, président de la SADC et il escomptait que les autres pays membres allaient, par solidarité, voler au secours d’ un autre membre. Madiba, vous vous êtes opposé à cette intervention collective qui aurait écourté la guerre et épargné 5 millions de vies. Ce n’ est pas rien. Aviez-vous péché par abstention coupable?


L’ autre conséquence inattendue
est que la guerre congolaise a fini par épuiser les finances publiques zimbabwéennes et par entraîner Mugabe dans des convulsions et folies politiques et économiques qui ont détruit ce pays jadis modèle et prospère. Portez-vous le Zimbabwe sur votre conscience?


Votre volonté d’en finir avec Kabila
a été telle que ceux qui avaient arrangé des ressources publiques congolaises pour l' homme banni ont été combattus, principalement en Afrique du Sud. Comme si vous étiez directement en guerre. On a eu le cas d’ un Rhodie ( zimbabwéen blanc) qui avait été placé par Pretoria sur la liste des « dix ennemis de l’ Afrique du Sud », avec saisie de ses entreprises et biens personnels, des accusations d’ assassinat et de fraude douanière et mandats d’ arrêt.


Je ne suis ni mobutiste ni kabiliste, mais vos cheveux blancs cachent peut-être des poux d’ origine congolaise. J’ aimerais donc vous entendre sur vos actions secrètes et publiques avec le Congo, Madiba.