Les chantiers des nouvelles divinités

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

Nés d' une grossière erreur dans l' énumération des projets du DSCRP, les 5 chantiers s' approprient maintenant le projet de la société congolaise
 
Les cinq chantiers sont les nouvelles divinités

30.06.2009     Selon J. Kabila « Si on y prend garde, les anti-valeurs qui s’enracinent dans la société congolaise, à savoir l’indiscipline, l’intolérance, la concussion, la gabegie financière et la corruption risquent de mettre en péril le projet ambitieux de cinq chantiers".

L' Observateur Xavier Mirindi Kiriza http://www.lobservateur.cd/index.php?option=com_content&task=view&id=2558&Itemid=1  Observons nos gouvernants. Tous, à présent, n'ont à la bouche que les cinq chantiers. out cela nous donne de penser que ces cinq chantiers sont en passe de devenir une divinité supérieure. Il faut vraiment craindre que, à la faveur de ces cinq chantiers, les Congolais ne soient engagés sur les mêmes routes qui, selon John Goldsmith, " mènent à de mauvaises destinations ou à des culs-de-sac " (Le Piège, Fixot, Paris, 1993, p.16).


Ce que les chantiers pèsent dans le deal chinois
 
Selon la Banque Mondiale, la RDC a besoin de 5 milliards de dollars US par an pour financer les grands travaux de réhabilitation et de reconstruction de ses infrastructures de base.
 
Actuellement, le contrat chinois d' échanges d' infrastructures ( 2 tranches de 3 milliards de travaux) contre des mines ( 3 milliards d' investissements) passe pour le synonyme des 5 chantiers. Presque tous sont orphelins.

 

                                                  Milliards $

                                                  chinois          

Infrastructures                                               

       Chemins de fer                   3,213              48,94%

       Routes                                 3,402              51,82%

       Voiries urbaines                 0,450              6,85%

Santé éducation                                             

     Hôpitaux et centres santé   0,368              5,6%

     Universités                            0,140              2,1%
Eau et électricité                      ?                     ?

Logement                                 0,250              3,8%

Emplois                                     ?                     ?

 


Juillet 2008    DECRYPTAGE      On retrouve " heureux le peuple qui chante et qui danse" les fameux "5 chantiers". On n' entend plus que cela. Cependant, les chefs d' orchestre à la baguette magique mettent déjà des gants. Ils ont ne clament plus " Chantiers du Chef de l' Etat", parce que si les réalisations échouaient, ce serait l' échec du Chef. Ils parlent plutôt de " Chantiers de la République", parce qu' avec un Etat qui a pris l' habitude d' échouer depuis 48 ans, un nouvel échec serait un "non-évènement". Plus précis, le site louangeur http://www.cinqchantiers-rdc.com/chantier.htm  repousse les échéances. " Que ceci soit d'ores et déjà bien compris : les cinq chantiers ne vont pas se réaliser complètement dans les cinq années à venir. Les jalons seront certes posés, et les actions seront amorcées, mais comme il s'agit d'un processus, celui-ci se situera dans la durée". Ce qui pourrait dire aussi que les chantiers serviraient à installer le Pouvoir dans la durée. De nombreux discours officiels appellent à la réussite des 5 chantiers pour que le Chef soit plébiscité en 2011.

Mais d' où vient ce néologisme de " 5 chantiers" ?

C' est dans son discours d' investiture du 6 décembre 2006 que Kabila avait présenté cinq chantiers prioritaires: 1. les infrastructures 2. la santé et l' éducation 3. l' eau et l' électricité 4. le logement et 5. la création d' emplois. Cependant, et à peine deux mois à peine auparavant, le candidat président faisait une énumération différente. Son programme électoral intitulé " Mes 100 propositions pour un Congo Nouveau - Mon nouveau contrat avec le peuple congolais", traitait de quatre thèmes majeurs 1. consolidation de la paix et de la nation 2. restauration de l' Etat et de son autorité 3. relance de l' économie ( infrastructures, énergie et eau, mines, agriculture, industrie, portefeuille, relations économiques, internationales et commerce extérieur) et 4. lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales ( santé, éducation et recherche scientifique, habitat) emploi, salaires et sécurité sociale, tourisme et environnement, culture et sport.

L' égrenage solennel des " 5 chantiers" est comme un miroir déformant et réducteur des défis à relever. Le quintet serait le fruit de deux lapsus. Tout d' abord, on n' avait pas consulté le programme électoral qui avait de la profondeur. A titre d' exemple, l' Electricité au rang de priorités en lieu et place de l' Energie qui est au coeur des enjeux mondiaux. Le chantier de l' Energie ouvre un large éventail de ressources exploitables et alternatives et modulables pour toute la population ( solaire, agro et biocarburants, biomasse, éoliennes, etc) et d' utilisations ( cuisson, chauffage, appareillages électriques, industrie, etc). Sans parler de toutes les questions liées aux coûts et aux économies de l' énergie, à l' environnement. On en est réduit à appeler à l' électricité, et il n' y a même pas de chauffe-eaux solaires dans ce pays ensoleillé. Non, le quintet est tout sauf le fruit d' une synthèse de la rencontre des promesses avec les besoins et les capacités nationales.

L' autre oublié dans la sélection des 5 chantiers aura été le cadre et les mécanismes qui ont fondé la Transition et les programmes de relance du Pays. Le rappel est venu rapidement des cercles du Pouvoir. D' abord dans " Le Programme Commun du Gouvernement de Coalition" de l' AMP. Ensuite, dans le " Programme du Gouvernement ( 2007 - 2011) et le CDG ( Contrat de Gouvernance - Mars- Décembre 2007). La notion omise figure à la toute première ligne du programme quinquennal de Gizenga. " Le Gouvernement issu de la Majorité parlementaire après les élections libres, démocratiques et transparentes a adopté un programme qui s’appuie sur le Document de Stratégie de la Croissance et la Réduction de la Pauvreté, DSCRP en sigle". Le discours d' investiture avait fait des emprunts hasardeux au fameux DSCRP. Et le " Programme Commun du Gouvernement de Coalition", avait fait des acrobaties pour intégrer les 5 chantiers dans 2 des 5 piliers du DSCRP qui sont:

Pilier 1: promouvoir la bonne gouvernance et consolider la paix par le renforcement des institutions.
Pilier 2: consolider la stabilité macroéconomique et la croissance. NB Ce plier englobe en vrac les chantiers d' infrastructures, l' emploi, l' énergie et l' agriculture.
Pilier 3: améliorer l' accès aux services sociaux et réduire la vulnérabilité. NB Ce pilier comprend en vrac les chantiers d' eau, l' éducation, la santé et l' habitat.
Pilier 4: combattre le VIH/Sida
Pilier 5: promouvoir la dynamique communautaire

Qu' est-ce le DSCRP? En 1997, les institutions de Bretton Wood étaient accourues à Kinshasa pour lier langue avec L-D Kabila. La rupture avec Mobutu avait été totale. Les bailleurs voulaient faire réussir la "libération". Et au printemps 1998, le ministre des finances Tala Ngai et le gouverneur de la Banque Centrale J-C Masangu avaient trouvé un compromis avec Washington. Ils avaient reconnu le stock de l' endettement hérité du régime de Mobutu et accepté des remboursements symboliques menant à l' effacement de cette même dette. Le Mzee vilipenda les deux émissaires et il rompit avec Washington. Sur le plan idéologique, les dettes héritées de Mobutu rentrent dans la catégorie de "dettes odieuses" et don un activisme international réclame l' effacement. Tout récemment le « Forum des peuples » réuni au Mali en contrepoint du sommet du G8 de Hokkaïdo au Japon, a même demandé la suppression de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI). Selon les altermondialistes, les annulations de la dette des pays pauvres ont été de 39 milliards de dollars en 2005, alors que durant la même année, le transfert net de capitaux du Sud vers le Nord s’élevait à 354 milliards de dollars. Néanmoins, les structures financières internationales avaient changé depuis 1996. C' était trop tôt pour que le président-maquisard s' en imprègne et il a fallu sa mort pour une reprise des relations avec Washington. Depuis, les dettes de plusieurs pays ont été effacées. La RDC aurait pu en être.

Bref, la gestion de la dette est une priorité. C' est une hypothèque à lever. Les dettes commerciales envers le secteur privé relèvent du Club de Londres, tandis que les dettes publiques sont traitées au Club de Paris. Là, environ 70 % des sommes sont dues à la Banque Mondiale (BM) et le reste au FMI et à la Banque Africaine de Développement (BAD). Ces trois bailleurs avaient lancé en 1996 l' initiative PPTE pour que des Pays Pauvres Très Endettés transforment leurs engagements en dettes internationales « soutenables ». Pour cela, la dette est effacée en fonction des efforts que nle pays consacre à la lutte contre la pauvreté.

Comment cela fonctionne? Le remboursement de ces dettes extérieures s' étale sur des dizaines d' années et il est exigible en tranches annuelles. Ces échéances sont identifiées dans le budget de l' Etat. Avec le régime PPTE, la dette échue pour l' année en cours est effacée ( jusqu' à 90%) si le pays consacre un montant équivalent des dépenses de santé, d' éducation et de réduction de la pauvreté sur son propre territoire. La RDC a même obtenu que des salaires de fonctionnaires soient homologués comme des dépenses de réduction de la pauvreté... Bref, au lieu de payer les arriérés à l' extérieur, on dépense cet argent en faveur de la population. Il semble que cela soit très compliqué avec le Pouvoir en place. Le noeud du problème reste le même. Il s' agit d' abord de gouvernance, ensuite de gouvernance et encore de gouvernance. Sans même devoir effleurer la question de la « bonne » gouvernance. Il s' agit également de travailler pour l' intérêt des populations. Bref, ces programmes sociaux et économiques prévisibles et une bonne discipline budgétaire sont consignés dans le DSCRP ( Document de Stratégies de la Croissance et de la Réduction de la Pauvreté).Ce sont ces réalisations qui seraient les véritables chantiers de la République.

 

En 2008, le Pnud avait tenté de vulgariser le Programme d’action prioritaire (PAP) pour la mise en œuvre du DSCRP provincial. La mayonnaise ne semble pas avoir pris. On oppose toujours les contrats chinois aux engagements du DSCRP. On fait croire qu' ils couvrent la substance non seulement des 5 chantiers, mais du développement durable.

En 2009, Kabila ramène " le projet de société " aux 5 chantiers.