Où étions-nous, quand les autres étaient?

Publié le par Grand Beau et Riche Pays


Avril 2008.  "LA" question existentielle, la seule vraie pour l' Afrique:
 " Où étions-nous quand les autres étaient? Et que serons-nous, quand les autres seront?"
 
Où étions-nous, quand les "autres" étaient ?
 
Mars 2008     Cédric Kalonji, prix international de blogueur, voyage pour la première fois à Paris. Il est interpellé par la présence du passé des autres peuples.  http://www.cedrickalonji.net/africain-civilise/     Le congolais, l'africain que je suis reste souvent sans voix face à l'âge et à la grandeur majestueuse de certaines ouvres architecturales en Europe. Qui a pensé à construire ça ? D'où est venue l'idée de lancer une telle construction ? Comment les bâtisseurs ont-ils fait et combien ont-ils pris de temps pour réaliser ça ? Nombreuses sont les interrogations qui défilent dans ma tête. Que se passait-il chez moi Chez moi au Congo entre 1789 et 1790 ? Comment vivaient les gens ? Comment la société était-elle organisée ?

Je m'interroge, mais difficile de trouver des réponses et je crains de ne jamais pouvoir en trouver. Mes « sauvages » d'ancêtres ont oublié de nous transmettre leur savoir, ils n'ont pas jugé nécessaire de nous raconter leur passé sans doute parce qu'ils étaient eux-mêmes occupés à apprendre ce que le « gentil et évolué » colon Belge avait à leur enseigner. Même si Jomo Kenyatta dit : « Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. », je ne devrais peut-être pas avoir de regret ou de peine et plutôt m'estimer heureux d'être un homme « civilisé ». C'est sans doute bien plus drôle de savoir compter les dollars et les euros, de préférer le jeans au costume en raphia et de rêver d'avoir une belle villa plutôt qu'une pauvre case.


Juillet 2006  Albert Kisonga Mazakala, ex-Ambassadeur de la RDCongo en Belgique se pose des questions " politiquement non correctes" .  http://www.kongo-kinshasa.de/francais/fr_033.php       Nous venons d'une culture qui n'a jamais connu ni la roue, ni le gouvernail, ni la charrue, ni le cheval pour le transport, ni même pas la vache pour la grande majorité de nos tribus. Nous ne sommes pas des consommateurs de lait, quelques tribus frontalières de l'Est mises à part. Notre culture ignore la tradition des grands travaux, et n'a pas bâti des villes, lesquelles induisent des conditions de gestion autrement plus contraignantes. Comme tout Noir, j'éprouve une fierté légitime à la démonstration de Cheik Anta Diop sur le rôle de nos ancêtres dans la civilisation égyptienne. Cependant, le domaine de la linguistique mis à part, j'ai de la peine à établir une filiation entre la brillante civilisation qui a construit les pyramides et notre monde nègre. Il ne faudrait cependant pas conclure que notre culture est sans valeur, au moment où la preuve a été faite que nos ancêtres savaient forger les métaux, le fer notamment. Hélas, faute d'écrits, personne ne sait plus la manière dont ils pouvaient obtenir les hautes températures nécessaires à la fonte du fer et d'autres métaux.


Juillet 2007  Nicolas Sarkozy, impertinent et impétueux  s' est lancé dans la brèche      http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=27234    " Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais il reste immobile au milieu d'un ordre immuable ou tout est écrit d'avance. Le défi de l'Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s'enfermer parce qu'ils savent que l'enfermement serait mortel. Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l'esprit humain". 

Août 2007 Achille Mbembe gifle le président français http://www.africamaat.com/Achille-MBEMBE-demonte-le-mensonge.  Le discours de Sarkozy a profondément choqué une grande partie de ceux à qui il était destiné, ainsi que les milieux professionnels et l'intelligentsia africaine francophone. Viendrait-il à être traduit en anglais qu'il ne manquerait pas de causer des controverses bien plus soutenues compte tenu des traditions de nationalisme, de panafricanisme et d'afrocentrisme plus ancrées chez les Africains anglophones que chez les francophones. Dans son long monologue de Dakar, je ne trouve d'invitation à l'échange et au dialogue que rhétorique. Derrière les mots se cachent surtout des injonctions, des prescriptions, des appels au silence, voire à la censure, une insupportable suffisance. Son discours se déroule dans une béatifique volonté d'ignorance de son objet, comme si, au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, l'on n'avait pas assisté à un développement spectaculaire des connaissances sur les mutations, sur la longue durée, du monde africain. Je parle des milliards de son propre trésor que le gouvernement français a commis dans cette grande oeuvre et ne m'explique guère comment, au terme d'un tel investissement, on peut encore, aujourd'hui, parler de l'Afrique en des termes aussi peu intelligents. Que cache cette politique de l'ignorance volontaire et assumée ? Comment peut-on se présenter à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar au début du XXIe siècle et parler à l'élite intellectuelle africaine comme si l'Afrique n'avait pas de tradition intellectuelle et critique propre et comme si Senghor et Camara Laye étaient les derniers mots de l'intelligence africaine au cours du XXe siècle ?



 

Avril 2008   DECRYPTAGE     A chaque fois que je guide un jeune au haut de la Tour Eiffel à Paris, je lui dis: " regarde ses 324 mètres de haut, ses 7.300 tonnes de ferraille centenaires, ses 18.000 pièces métalliques, ses 2,5 millions de rivets. Et chez nous, on ne sait toujours pas produire le moindre bout d' acier. Pas même une vis"!

 

Berceau de l' humanité et acteur des premières civilisations de l' Egypte à la Mésopotamie, de la Grèce à Rome, l' Afrique est à la traîne, dernière dans tous les classements, elle ne figure même pas dans les "pays émergents". C' est qu' elle est comme immergée et invisible dans le cours de l' Histoire. L' explication est que l' Afrique Centrale est de fraîche occupation et que les populations qui ont migré vers le Sud, étaient actives dans le Nord. Le problème est qu' il n' y a même pas des histoires pour combler le vide des chronologies centenaires, voire millénaires.

 

Et si jamais on n' était pas quand les autres étaient, comment " serions-nous quand les autres seront?" L' interrogation donne le vertige, fragilise les jambes, de la même manière que lorsqu' à bord d' un avion, on se hasarde à penser que dix kilomètres séparent du sol, ou qu' à bord d' un bateau, que on sent le frêle esquif qui flotte sur des abysses de centaines ou de milliers de mètres de profondeur! L' interrogation porte sur une nouvelle dimension, encore peu explorée dans tous ces débats sur l' identité africaine et le devenir du Continent. On n' aborde pas ces aspects passé-présent-avenir, et il y a absence grave et persistante de propositions philosophiques/idéologiques sur le développement durable. Il n' y a pas de remise en question des particularités et de singularités qui ne sont pas toujours des valeurs porteuses. Par exemple, les chefs coutumiers, c'est bon pour le folklore, mais c'est pas des dirigeants! Ils n' ont jamais permis de gagner la moindre bataille contre la pauvreté matérielle et spirituelle. 

 

Actuellement, avec la Mondialisation et des satellites qui tournent sur les têtes, avec le H5N1 qui peut frapper partout, il est impérieux  de s' installer dans le siècle. de disposer de moyens et d' atouts pour vivre, non pas "aux dépens", mais  " au dedans" de la civilisation universelle, laquelle est devenue un melting pot. Autant qu' on revendiquait la "négritude", il faut se réclamer de l' Humanité. Par exemple, la flamme olympique est aussi africaine, car elle n' est plus grecque, et elle n' est pas davantage devenue chinoise...

 

N’ en déplaise à Sarkozy, les pèlerinages aux pays de "vieille civilisation" ne pourraient véritablement causer de complexes aux Africains-sans-passé. Tout le passé de tous appartient à tout le monde, maintenant. Car toute l' humanité se préoccupe de l' avenir qui sera commun. Et la question du moment est " sommes-nous là ou les autres sont?". D' ailleurs, de nombreux africains ont pris des nationalités étrangères au continent et ils défendent becs et ongles le passé de ces pays étrangers. Voyez Obama .... Certains ont des enfants qui ont des "ancêtres gaulois". De même, on ne devrait pas s' opposer à ce que d' autres se naturalisent africains. Ainsi considérées, la réalité et la vérité sont qu' au temps de la Mondialisation, c' est le passeport qui nous distingue les uns des autres et nous rattache au passé particulier de tel ou tel peuple; ce ne sont plus les gènes, ni les ancêtres génétiques. 
 

Régis Debray, sur un autre sujet, a lâché que " là où il n' y a pas de mémoire, il n' y a pas d' espérance!". Est-ce à cause de cela que l' Afrique s' enlise dans une culture stérile de l' immédiateté, du superficiel et du provisoire définitif? Question à creuser. Mais l' interrogation existentielle est surtout une prise de conscience du long et difficile cheminement historique des peuples, de leurs errements et de leurs réussites. Elle donne, suivant le titre du livre de Barak Obama : " l' audace de l' espérance". Parce que l' Histoire, patrimoine universel, peut prévenir de retomber dans les mêmes erreurs. De faire bien mieux, et bien plus vite. Et pour le plus grand nombre.