Memento te hominem esse

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

 

Quatre portraits contemporains de nouveaux riches triomphateurs renvoient au temps des Romains. Le triomphateur, richement vêtu et couronné de lauriers, traversait la ville sur la Via Appia, monté sur un char attelé de quatre chevaux blancs, un esclave à ses côtés lui murmurant inlassablement:  « Memento te hominem esse » (« Souviens-toi que tu es un homme ! ») ou  « Respice post te! Hominem te esse memento! »

(« Regarde autour de toi, et souviens toi que tu n'es qu'un homme ! »).

              Memento te hominem esse


 
Il a été un nouveau riche, un golden boy

Abdelmoumène Rafik Khalifa, né en 1966, est pharmacien algérien de formation. Il s' était attiré les faveurs du président Abdelaziz Bouteflika et a fondé la Khalifa Bank qui a géré les intérêts de petits actionnaires privés et d' institutionnels liés au gouvernement algérien. Il a ensuite bâti un empire de près de 20 mille employés: location de voitures de luxe, chaîne de télévision (Khalifa TV) et une compagnie d'aviation (Khalifa Airways). Il a même caressé le projet de fonder une ville nouvelle "Algeria". Mais l'expansion trop rapide de son groupe avait entraîné un endettement gigantesque et Rafik Khalifa à la faillite frauduleuse de la Khalifa Bank, causant un préjudice évalué entre 1,15 et 5 milliards de dollars. Jugé pour "association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, faux et usage de faux", l' ancien "golden boy" a été condamné en 2007, par contumace, à réclusion criminelle à perpétuité. Comme il est réfugié à Londres, l' Algérie en réclame l' extradition.

Il a racheté  à vil prix des richesses publiques

Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski , né en 1963, a fait de brillantes études. Après des activités de activités de conseil aux entreprises et de commerce d’ ordinateurs, il amasse assez d'argent pour fonder, en 1988 une banque. En 1995, lors de la privatisation des entreprises russes, il est parmi les  22 "oligarques" qui prêtent près de 2 milliards de dollars au gouvernement, en échange d’actions dans les plus grandes entreprises de Russie, après en avoir fixé eux-mêmes la valeur ! C’ est dans ce climat que Khodorkovski rachète, lors d' une vente publique qui a duré à peine 2 minutes, le groupe pétrolier Ioukos,  la 4ème compagnie mondiale, pour 360 millions de dollars. En 2004, la valeur de Ioukos était estimé à 27 milliards de dollars, soit une multiplication par 75 par rapport au prix d'achat ! Khodorkovski mène de gigantesques campagnes de propagande pour se forger une image de golden-boy des plus respectables, dépensant jusqu’ à 300 millions de dollars par an, rien que pour son image médiatique. Mais il est emprisonné en  2004 pour « vol par escroquerie à grande échelle » et « évasion fiscale ».  En 2005, il est condamné à 8 années de prison.

Il a bâti une "City" flamboyante

Chen Liangyu a été nommé à Shanghai en 1992, il prend la tête du parti local en 1996. En 2002, il est élu maire de Shanghai. C’ est lui qui a couvert la mégalopole de gratte-ciels. Il est le premier dirigeant en Chine à créer un service de presse à l'américaine, multipliant les coups médiatiques. Il veut que Shanghai devienne le centre du marché financier intérieur, des circulations des capitaux et de gestion de fonds, et l'un des centres financiers internationaux les plus importants pour une durée de dix à vingt ans. Mais en 2006, il est limogé à la suite d'un détournement de 400 millions d' euros appartenant aux caisses de la Sécurité sociale et qu’ il avait prêtés à des «amis» promoteurs. «Il y avait une règle tacite qui consistait à lui donner des parts des sociétés avant leurs entrées en Bourse», explique un expert financier. Chen Liangyu s' était constitué un portefeuille d'actions d'une valeur de 30 millions d'euros en le mettant au nom de membres de sa famille. Au total, il se serait constitué un patrimoine de 100 millions d'euros. Il est arrêté. Il est même accusé d'avoir trompé sa femme et d'entretenir une douzaine de maîtresses. Il a été condamné à 18 ans de prison, pour corruption.

Il a gouverné l' Etat comme une entreprise,
promettant d' enrichir les pauvres


Marc Ravalomanana est un autodidacte. Il avait commencé par diriger une petite laiterie familiale avant de créer avec l'aide de la Banque Mondiale une entreprise industrielle de dimension nationale : le groupe Tiko S.A. En 1999 ; il est élu maire de la capitale malgache, il brigue la présidence en 2001 et s' autoproclame Président en 2002 ; il  est réélu en 2006. Ravalomanana a adopté un style de chef d'entreprise, voulant aller vite tout en restant pragmatique avec les concepts anglais de " rapid result initiatives, private public partnership, task force, ownership, leadership…". Il reste essentiellement un homme d' affaires avec ses grandes entreprises de l’ alimentaire et un complexe hôtelier. Il s’ est également lancé dans le pétrole et la télécommunication, pratiquant le protectionnisme pour empêcher qu’on lui fasse concurrence.  « Tous les entrepreneurs qui ont tenté de percer ses marchés se sont retrouvés dans les cas suivants : pour accéder au marché ils ont dû céder une part ou un pourcentage de l’entreprise ; en cas de refus, les entrepreneurs ont été interdits de séjour sur le territoire malgache ou mis en prison pour le non paiement de taxes exorbitantes imposées par l’Etat ».
Mais Ravalomanana  est rattrapé par un mouvement de contestation dirigé par un autre homme d' affaires devenu aussi maire de la capitale, Andry Rajoelina. Le pays sombre dans le chaos et le pillage. "Les gens avaient pris au mot le slogan de campagne de Marc Ravalomanana pour justifier les actes de pillage contre les magasins Magro, qui lui appartiennent. Il avait promis "littéralement", lors de son arrivée au pouvoir  d' "enrichir les pauvres". Le 17 mars 2009, Ravalomanana démissionne. Un mandat d' arrêt est lancé contre lui pour détournement de fonds et d'abus de pouvoir, lors de l' achat d'un avion présidentiel pour un montant de 60 millions de dollars.
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