Pâques et messies katangais

Publié le par Grand Beau et Riche Pays


«  Quel rôle pour les catholiques dans le Katanga qui réussit ? ».

Conférence du dernier vendredi de Carême à la Maison Safina, tout bouillonnante d' initiatives et de l' enthousiasme très religieux du père salésien Wilfried Poignie.

 

14  Mars 2008   Marcel Yabili         Le Katanga a réussi ! Alléluia ! Mais qu' est-ce encore le Katanga? La province va bientôt disparaître, découpée en quatre provinces. En vain, les Evêques ont demandé qu' au moins  « l’identité katangaise, héritée des générations antérieures et qui fait notre fierté, soit absolument préservée ».  Ce Katanga qui réussit est un mythe, une coquille qui se vide. On parle toujours d’ « un » Katanga, mais  on n' entend aucun débat sur le découpage territorial, ou l' éventualité d' une révision constitutionnelle. Pourtant le compte à rebours du démembrement a déjà commencé. Les futures entités provinciales sont déjà présentes avec quatre représentants chacune au Sénat! Les dirigeants provinciaux ne sèment aucun grain pour une communauté katangaise qui survivrait à leur mandat de trois années seulement. Ils focalisent les esprits sur le droit à 40% des recettes, alors que la majorité des Katangais seront exclus de cette manne et s’ opposeront à cette clé de répartition. Ils disent que les 40% sont sabotés par " Kinshasa", mais ils ne disent pas que ceux qui décident à Kinshasa, et qui saboteraient, sont des katangais...

 

Entretemps, les Katangais se « nombrilisent »  et sont de plus en plus dilués et atomisés dans des associations dites socio-culturelles et qui déterrent les différences en tribus et en clans. ( Fissures katangaises http://congograndbeauetrichepays.over-blog.com/article-21811102.html  Et même en classes sociales, car on parle de « princes » et de « princesses » qui n’ ont jamais existé dans la noblesse traditionnelle. Cette perte d’ identité commune est accentuée par un regain d’ obscurantisme. Les journalistes rapportent des pratiques fétichistes et de sorcellerie ; des évènements magico-religieux s’ enchaînent avec des discours politito-religieux. Et l’ une des conséquences inattendues des élections est que le Congo ne serait pas seulement « démocratique », mais de plus en plus une «  république des religions ».

 

Il y en a tant, et qui se ressemblent tellement ! Suffit-il de prier, alors que le Diable pourrait être invoqué avec la même ferveur et les mêmes supplications ? Il y a une radio catholique qui diffuse des prêches de l' Eglise réformée de France ! On a oublié que le protestantisme fait de la Bible une source de révélation libre et personnelle! On oublie que le catholique, c’ est un chrétien …de Rome ! Il y a ces Eglises du Réveil, d' obédience pentecôtiste, où le Saint Esprit insuffle directement chaque chrétien! Il y a de plus en plus de cultes œcuméniques. La Conférence Episcopale n’ accepte pas l’ oecuménisme avec les kibanguistes ;  depuis que les fils de Simon Kimbangu sont identifiés à la Sainte Trinité, le kibanguisme n’ est plus une religion chrétienne. On pratique de plus en plus un peu de l' Islam, en commémorant le quarantième jour des morts. Maintenant, la politique se fait religion en lui empruntant sa liturgie.  On n’ a pas crié au sacrilège lorsqu' une autorité politique a mimé la messe en invitant une foule à se donner la main et à se dire l’ un à l’ autre « amani !», « amani !». Et, à contresens de l’ Histoire sur la séparation de l’ Eglise et de l’ Etat, c’ est l’ Archevêque qui rappelle à l’ Autorité que l’ Etat est laïc…

 

Au lendemain des élections de 2006, les évêques catholiques du Congo avaient immédiatement mis en garde contre le triomphalisme apparent et rappelé le risque des valeurs négatives : « absence de critère de moralité, corruption et vénalité à large échelle, achat des consciences, déficit de loyauté et de sincérité dans les alliances politiques, traîtrise et infidélité à la parole donnée, cupidité, au point que l’argent est devenu le critère des options et des actions dans la société, goût du gain facile, tricheries et magouilles, détournement des deniers publics, profanation des cimetières, mépris de la loi suivant des intérêts subjectifs et partisans, manipulation des chiffres, violences». Ces antivaleurs risquent d’hypothéquer l’avenir du pays. «  Car, un pays ne se construit jamais dans le mépris des valeurs morales ». Quelles sont les valeurs de la reconstruction du Katanga? Y a-t-il plus de moralité, moins de corruption qu' auparavant ou moins que ailleurs dans le Pays? Qu’ est-ce l’ argent, les réalisations matérielles, sans le capital humain ?

 

On ne se pose pas ces questions. Parce que la réussite katangaise repose sur un renouveau messianique. Les quarante six années de souffrances et d' errements ressembleraient aux années bibliques de la traversée du désert. Enfin le peuple élu arrive en Terre Promise, là où "coule le lait et le miel"!  sous la conduite de dirigeants providentiels. Il faut le dire : on n’ a jamais développé un pays avec des dons d’ argent et de biens matériels. Cela ne s' est jamais produit depuis que l' Homme est sur Terre! Dans son dernier livre, « Jésus de Nazareth » Joseph Ratzinger ( c' est le nom de famille du pape Benoït XVI) s' interroge sur la foi en Dieu, comme rédempteur des hommes. Dieu n' a jamais résolu les problèmes des hommes, il n’ a même pas arrêté la faim dans le monde! Joseph Ratzinger met en garde contre " une divinisation fallacieuse du pouvoir et du bien être, de garantir tout à tous, en vertu du pouvoir et de l’ économie. Une telle divinisation vient de Satan… Car « seul Dieu tu adoreras ».

 

En effet, la première caractéristique de tout croyant … est de ne pas croire… n' importe quelle révélation et n' importe quel porteur de la bonne parole.  Il y a davantage. Autrefois, le péché concernait essentiellement l' individu et se déclinait en sept péchés capitaux : la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie. Maintenant, le péché a aussi une résonance sociale et concerne les violations des droits fondamentaux de la nature humaine et les inégalités économiques et sociales. C' est ainsi que " la Richesse Excessive" est devenu un péché moderne. Au Katanga, les nouveaux riches ont acheté les votes, le pouvoir, la popularité, la déification. Ils menacent d' accentuer les différences sociales et économiques avec les pauvres et une " insupportable injustice sociale". Il y a un risque réel que " les pauvres deviennent toujours plus pauvres et les riches toujours plus riches.

 

Lorsqu' il a été reçu à la basilique de Latran, Nicolas Sarkozy avait dit qu' il partageait l’avis du Pape ans sa dernière encyclique: " l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps… Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent". Malheur donc à ceux qui suscitent des faux espoirs aux Katangais. Que ce soit par imbécillité ou par machiavélisme. Au lendemain de l' installation des nouvelles autorités katangaises, l’Assemblée des Evêques de la Province Ecclésiastique de Lubumbashi a dit:  «  Après les dures années de guerres, de souffrances, d’instabilité politique et de querelles de légitimité, notre pays est enfin parvenu à se doter des institutions démocratiques. Le temps d’espoir est dorénavant là. Acteur et témoin, notre peuple donne l’impression d’y croire vraiment, non sans toutefois cacher sa peur d’être déçu . QUE NOTRE ESPOIR NE SOIT JAMAIS DECU». 

Dans une lettre pastorale, Mgr Gaston Ruvezi a pris le contrepied des leaders charismatiques katangais qui ont tiré leur fortune, leur mandat électoral et leur emprise politique de l’ affairisme minier. Il affirme que «  notre richesse est dans notre dignité et non dans le mining, parce que l’ homme a une valeur inestimable ». Il faut de la dignité et de l’ humain dans cet « engouement généralisé vers l’ exploitation minière, l’ exploitation de l’homme par l’ homme, le déséquilibre familial, l’ immoralité, la destruction des infrastructures et la pollution ». Le prélat préconise de " voir", c'est-à-dire observer ce qui se fait autour,  ensuite de "juger" en prenant considération de ce qui est digne de l’ homme et enfin, d'  "agir" en s' exprimant et en passant aux actes.

 

La caractéristique de tout croyant reste de ne pas croire n' importe quoi de n’ importe qui.

 

Mars 2009      On a tout vu. L’ Archevêque avait été « invité » à un culte oeucuménique dans un stade, et en prélude à un match de football ; mais il a refusé de s’ y rendre. Le messianisme politique est rattrapé par la crise financière. L’ engin du décollage katangais manque de moteur. Il y a moins d’ argent, mais il faudra davantage de valeurs humaines.