7 avril: un mot sur cinquante mots

Publié le par Grand Beau et Riche Pays


Genocide? Qu' ils gardent donc leurs larmes de crocodiles,
 et nous, notre innocence, notre éducation à ne jamais tuer et à verser de vraies larmes...



7 AVRIL 2006 (texte mis à jour)  Marcel Yabili    Un 7 avril ? Je me lève pareil à il y a quinze ans. Je me regarde dans la glace, mon look a certes évolué, mais je n' ai toujours pas la tête d' un décapiteur, ni la gorge d' un égorgeur, et au delà du fond de l' œil, pas la moindre lueur de méchanceté ou de brutalité animale, et nulle pensée d' éradiquer quiconque et surtout pas à cause de son appartenance quelque groupe d' individus. J' ai la tête que j' ai, et les autres ont le droit de garder celles qu' ils ont. Ils n' ont rien fait pour cela, c' est ni leur mérite ni leur péché, ils sont le fruit du hasard d' avoir été procréé ici ou là, par celui-ci et avec celle-là. Ils sont de ce monde qui est aussi un village, proche et éloigné à la fois; le voisin est souvent la personne que l' on rencontre le moins; la malfaisance peut nous atteindre à des dizaines de milliers de kilomètres et à des années de distance, comme un nuage irradié de Tchernobyl. Nous ne sommes plus à la périphérie des drames, nous sommes toujours au centre, dans l' œil du cyclone médiatique. Nous sommes tous concernés, encordés aux autres, à tous les autres. Nous souffrons avec eux, nous souffrons même à leur place.  

Je regarde mes mains, et je vois nos mains qui tremblent, car nous sommes horrifiés par toute forme de violence et de barbarie, par toute simple mort violente et innocente et sans besoin de l' horreur absolue. Mais c' est quoi au juste le GENOCIDE? C' est grosso modo l'extermination intentionnelle, systématique et programmée d'un groupe ethnique, linguistique, national, religieux ou racial. Plus précisément, l' article 2 de la Convention de 1948 dit que le génocide s'entend des actes commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux,  de l' une de ces 5 manières: a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. Cette définition a été reproduite à l' article 6 du Statut de Rome de 1998 qui a créé la Cour Pénale Internationale. Bref, ce n' est pas l' extermination ou la destruction de tout un groupe racial qui importe, c' est l' INTENTION. Toute la dimension du Génocide et de l' horreur absolue réside dans un vocable, dans 1 mot sur les 50 mots de la définition.

 

Oui, nous sommes aussi éduqués comme cela, et nous ne pouvons changer d' esprit au gré des effets de mode, à cause de l' actualité. Nous rejetons les donneurs de leçons sur des valeurs qui font partie intégrante de notre culture et de notre civilisation. Nous sommes conscients et fiers d' être bel et bien vaccinés contre les horreurs. Nous sommes aussi petite nature, et sensibles à la vue du sang. Comment douterions-nous de notre empathie envers ceux qui nous sont dissemblables, au moment où la Convention de Rio sur la biodiversité biologique nous impose de respecter le droit à la survie sur terre des espèces animales, même les plus répugnantes et les plus dangereuses ? Nous sommes incapables de moins considérer ni maltraiter un autre être humain.

Car l' homme, fruit du Hasard et de la Nécessité, dont le génome, séquençable en 2,9 milliards de paires de bases (gigabases, Gb) plane au sommet de la Création au point qu' il est façonné à l' image du Dieu des chrétiens, et ce malgré les musulmans qui ne peuvent représenter Allah en image. Nous sommes dignes, et nous méritons le respect de notre respectabilité. Comment nous soumettre à des stages périodiques pour nous recycler et nous rassurer que, jamais, nous ne traiterions autrui comme de vulgaires cafards que l' on écraserait? ou des blattes à éradiquer de la surface de la Terre, même si ces bestioles seraient les derniers survivants à un holocauste nucléaire ? Pourquoi nous faire réciter le rosaire du « jamais plus cela ! ». Nous qui avons partagé le deuil des victimes de 1994, pouvons-nous souffrir d' être suspects ou incertains de tous les génocides à venir ?
 
Mais allons voir où on en est au juste, car on ne peut traiter à la légère des valeurs universelles. L' une de ces valeurs c' est d' avoir évolué de la vengeance à la Jacob, de " l' œil pour œil, du dent pour dent", du jugement de Dieu et actuellement, on ne condamne plus les faits criminels, mais les coupables et à raison de leurs personnalités individuelles. J' ajuste mes lunettes, car je ne vois pas cette belle Justice moderne. Bien entendu, le crime de génocide a été déclaré imprescriptible depuis 1948, et nul n' est censé ignorer la loi, parce que quelque part un décret colonial avait décidé que telle convention ratifiée s' appliquerait comme une loi nationale. Mais comment oublier la personnalité d' individus peu ou pas éduqués, pas même capables de se remplir régulièrement le ventre, et vivant à l' âge et à la pensée de la pierre.

Ces coupables-là, on ne peut, et en aucune manière, les placer dans le même panier de la perversité que les Nazis qui avaient baigné dans l' une des civilisations les plus brillantes. Ces africains des collines ont toujours été mis au bas de l' échelle des civilisations modernes, même vis-à-vis des Turcs avec les Arméniens ou des Serbes avec les Bosniaques. Ils n' ont pas le même degré de culpabilité envers la barbarie. De plus, où est la dimension de la guerre civile, des peurs et des haines ? Ne sont-ils pas des victimes manipulées par d' autres qui leur ont instillé une haine aveuglante qui a armé leurs bras? Où sont les psychiatres pour éclairer le parcours pervers de leur personnalité? Où sont les circonstances atténuantes, l' absence de responsabilité de ceux qui avaient perdu la raison? Le Rwanda a construit des prisons pour génocidaires. Ert pas d' hôpitaux psychiatriques pour les fous génocidaires. Surtout, comment y a-t-il encore des présumés emprisonnés depuis quinze années ?  Quel système judiciaire au Monde condamnerait ces présumés génocidaires à davantage d' années de prison?


Ce 7 avril, allons voir si notre solidarité avec les survivants du génocide rwandais relève de notre commune nature humaine. Si nos valeurs sont aussi celles des rwandais. S' ils sont réellement comme nous, et s' ils reconnaissent que nous sommes comme eux. «  Nous pensions avoir assisté et même participé à la construction d'un monde meilleur. Ce n'est pas pour rien que nous avions versé des larmes pour les victimes du génocide rwandais. Les machettes de l' horreur avaient fendu nos cœurs. Le génocide rwandais avait convaincu l' Univers et, depuis le 17 juillet 1998, on avait adopté à Rome le statut de la Cour Pénale Internationale ( CPI ), compétente pour les crimes de génocide.
http://www2.icc-cpi.int/Menus/ASP/states+parties/The+States+Parties+to+the+Rome+Statute.htm   
Au 1er juin 2008, le traité de Rome a été signé par 108 pays dont 30 d'Afrique. Il y a la RDC qui a signé le 8 septembre 2000 et ratifié le 11 avril 2002. Il y a l' Ouganda qui a signé le 17 mars 1999 et ratifié le 14 juin 2002. Il y a le Burundi qui a signé le 31 janvier 1999 et ratifié le 21 septembre 2004. Mais il n' y a pas le "recordman" toutes catégories des victimes des crimes contemporains contre l' humanité. Il n' y a pas de Rwanda. Le Rwanda n' a jamais ni signé ni ratifié le traité de Rome. C' e
st la plus grosse escroquerie de l' Histoire. Et nul n' en parle!» 
 
 
Pour qui, ils se prennent à Kigali? Pour qui ils nous prennent ? Si donc eux, c'est eux, c' est qu' ils cherchent à rester là où ils sont et nous obligent à rester ce que nous sommes avec nos engagements et nos convictions d' humanistes. Ils nous prennent pour des naïfs? c'est notre affaire ! Ils font du génocide un fonds de commerce? A nous aussi le droit d' exprimer sans ménagement nos interrogations, tous nos doutes, toutes les frustrations. 

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