Comment l' exploitation minière est devenue informelle

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

L’informalisation du secteur minier

par C. Hocquard in culturek.net

Le Congo " démocratique " dispose des 50% des réserves mondiales de cobalt, 10% de cuivre, 30% du diamant, ainsi que d'un potentiel important en or, uranium et manganèse.

Les minerais sont l'un des enjeux récurrents des conflits africains. En République Démocratique du Congo (RDC), avant la guerre, les minerais, pilier du développement du pays, étaient concentrés dans trois régions : le cuivre et le cobalt au Katanga, les mines d’or au Kivu, et le diamant au Kasaï. Pour les minerais exportés, la source d’information par excellence est la balance des paiements. Pour le diamant et le coltan (columbo-tantalite), dont une grande partie est exportée frauduleusement, ces chiffres ne constituent que des approximations.

Du cuivre au diamant, l’informalisation du secteur minier

1960-1965 : Indépendance

1960 : Indépendance, puis départ des européens et cinq années de désordre.
1965-1997: L'ère Mobutu

1965 : Arrivée de Mobutu avec un leitmotiv : faire du Congo le " Brésil Africain ". 1973-1974 : L’Union Minière du Haut Katanga (cuivre et cobalt), est nationalisée. Elle devient la Gécamines (Générale des Carrières et des Mines). 1975-80 : période de nationalisme extrême avec la " zaïrisation " de l’économie. Époque des grands projets (dont un grand nombre d'éléphants blancs), financés par l’endettement extérieur, que garantissent les énormes ressources naturelles du pays. Décennie 1980-1990 : A partir de 1980, le prix du cuivre commence à fléchir et la Gécamines apparaît moins solide qu’on l’avait cru. Effondrement de la production : des rapports parlent de "fuites " des actifs et des ressources, redistribués aux obligés de Mobutu. Les généraux zaïrois s'étaient reconvertis dans la chasse au diamant, boudant leurs missions de répression. S'affranchissant peu à peu de la tutelle politique et financière du maréchal, ils étaient devenus autant de " seigneurs des carrières " à l'abri de toute sanction.

Toutefois, la Banque Mondiale et le FMI, qui veulent redonner sa chance au secteur minier, attribuent de nouveaux crédits destinés à réhabiliter la Gécamines. C’est un échec.

1990-1996 : A partir de 1990, la Gécamines, véritable " vache à lait " du régime, est fragilisée. Elle ne peut maintenir le volume de ses contributions à l’État (et aux services de la Présidence). La Banque Mondiale souhaite une privatisation, mais Mobutu s’y oppose. Privé des revenus miniers, le Président fait marcher la planche à billets, alimentant l'hyper-inflation. En 1993, la cessation d’activités de la Gécamines (une des grandes galeries souterraines de la mine s’effondre) met fin aux exportations de cuivre, mais la baisse rapide de la production avait commencé dès 1989. La faillite de la société découle de l'attitude prédatrice de gouvernants, en lieu et place d'une véritable gestion. La déliquescence des infrastructures (fermeture de la Voie Nationale, reliant la capitale au Katanga), nécessaire à l'évacuation des produits miniers vers les marchés extérieurs a contribué largement à cette dégradation. Quelques figures illustrent les positions des acteurs miniers, comme celle de M. Maurice Templesman, un ami du maréchal Mobutu, qui aura brassé cuivre et diamant, y mêlant la politique internationale : il avait su persuader l'ex-président démocrate américain M. James Carter que le meilleur gardien du trésor congolais - bien qu'aussi son voleur - restait bien le maréchal Mobutu. Cette gestion des mines selon le modèle rentier a contribué à ruiner le secteur industriel, et à étendre la crise dans tous les secteurs,

La fin de la Gecamines consacre l'effondrement des recettes fiscales de l’État, et l'informalisation des activités extractives.



1997-2001 : L'ère Laurent Kabila

D'une dictature de fer, l'ex-Zaïre était passé peu à peu à une oligarchie régionalisée et privatisée, qui ne disposait plus du ressort nécessaire pour résister à l'avancée de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dirigée par M. Laurent-Désiré Kabila : ce groupement, outre qu'il disposait d'un véritable sanctuaire au Kivu, baignait dans le contexte de la nouvelle économie minière zaïroise décentralisée, devenue l'" affaire de chacun ", dans un monde de paupérisation où les " cailloux " représentaient l'unique espoir de ne pas mourir de faim. M. Maurice Templesman n'a pu cependant contrarier le nouveau cycle politique que Washington voyait se dessiner, avec de nouveaux responsables comme l'Ougandais Yoweri Museveni ou le Rwandais Paul Kagamé. 1997 : La rébellion lancée depuis l’Est du Zaïre conduit Laurent Kabila à Kinshasa en 1997, et le Zaïre devient la République Démocratique du Congo. Les exportations de cuivre font place à celles de diamants, qui à la différence du cuivre, n’apportent guère de recettes fiscales et dont le commerce est partiellement dominé par des réseaux mafieux. Toutefois, le total des exportations n’est plus qu’une fraction de ce qu’il était auparavant (la moyenne pour 1996-98 ne représente que 42 % des exportations de 1988), mais, d’un autre côté, le partage des bénéfices du secteur du diamant est largement supérieur à celui des revenus du cuivre.
La militarisation, l’informalisation et la "criminalisation" envahissent toute l'économie, jusqu’à ce que le pays s’installe dans une économie de guerre. La guerre éclate à nouveau en 1998, lorsque Kabila tente de se débarrasser de la tutelle du Rwanda et de l’Ouganda. Kabila confie a ses alliés des concessions minières en échange de leur appui. En 1999, le taux de change est à nouveau administré afin de tenter de reprendre le contrôle des revenus en devises tirés du commerce des diamants. Les vagues de privatisations conduisent à la suppression de la concession de la société MIBA (Minière de Bakwanga), opportunité immédiatement saisie par le secteur informel. La production moyenne de diamants (55 % des exportations du pays en 1997 passe à 65 % en 1998, et n’a cessé d’augmenter depuis). Devenu la plus importante source de devises du pays, le diamant devient l’objet d’une lutte acharnée pour garder le contrôle des devises fortes et financer la guerre.

La crédibilité minière de Kabila est sérieusement entamée quand celui-ci nomme, en 1998, le zimbabwéen Billy Rautenbach Président de la Gécamines. Ce dernier, sans expérience minière, n’était considéré que comme le lien entre Kabila et Mugabe. Kabila remplace ensuite Rautenbach par le mineur belge George Forrest, chargé de restructurer la Gécamines.

En 2000, Kabila oblige les comptoirs à vendre les diamants, via Kinshasa, à un cours franc-dollar surévalué, et à remettre les devises obtenues au Gouvernement. L’opération est un échec. Il est impossible de taxer le diamant ou d’imposer un prix officiel, car le secteur est en grande partie frauduleux. Les alliés du Rwanda et de l’Ouganda mirent tout en œuvre afin d’occuper la région diamantifère. L’Angola de son côté ne voulait pas que les diamants du Lunda Norte passent la frontière pour arriver dans le camp de l’UNITA. Ces intérêts incompatibles des voisins du Congo rendent difficile l’exécution des accords de paix de Lusaka, d’autant plus que grâce aux richesses minérales des régions dont elle prenait le contrôle, l'AFDL a pu financer sa guerre de libération (3).
L’évolution des mines, entre l’indépendance et la fin des années 90, illustre l’échec des stratégies de développement de la RDC à partir des revenus issus de l’exploitation et exportation de ses ressources naturelles.

Durant la période 1999-2000, l’envolée brutale du prix du coltan (columbo-tantalite) provoque un rush de petits mineurs dans l’Est du pays (région de Goma). Les gens et les sociétés impliqués, le détail des 19 comptoirs du Kivu (12 à Goma et 7 à Bukavu ), les revenus pour la Somigl au mains des " rwandais ", et les circuits de commercialisation via la RAU pour alimenter le Kazakhstan, font l'objet de nombreuse publications (cf. annexe).
Laurent Kabila est assassiné en janvier 2001. L'accession de Joseph Kabila au pouvoir s’accompagne de l'envoi d'observateurs des Nations Unies et de la résolution politique du conflit. Selon le ministre des Mines et des Hydrocarbures, Simon Tuma-Waku, " le diamant constitue actuellement la principale ressource de l'économie de la RDC, c’est le seul secteur qui peut aujourd'hui permettre au gouvernement de redresser l'économie nationale ". La production mensuelle de diamants en RDC est actuellement estimée entre 1,5 et 2 millions de carats (44 152 420 USD de diamants exportés en septembre 2002) ; 25% seulement de cette production provient de l'exploitation industrielle (4), et 75% sont d'origine artisanale (5). L’artisanat minier se répand dans tout le pays, concernant de nombreuses substances minérales (6).
Depuis 2002, avec la fin du conflit armé (toutes les forces étrangères : Namibie, Angola, Ouganda, Rwanda ont quitté la RDC) et la promulgation récente de la nouvelle loi minière (7), les nombreux projets miniers Cu-Co de la copperbelt zaïroise (8) reviennent sur le devant de la scène (projets de réhabilitation : Gécamines, Kipushi, Kamato ou " neufs" : Tenke Fungurumé, Kolwesi, cf. annexe), d’autant que le redéploiement minier en Zambie voisine, a subit un coup d’arret brutal avec le retrait d’Anglo American.



La fin de la Gécamines consacre l'effondrement de l'économie formelle de la RDC, en raison de son impact sur les recettes fiscales de l'Etat, et la monté&e concomitante de l'informalisation des activités extractives

Mines et projets miniers en RDC

La nouvelle loi minière du 11 juillet 2002 a relancé l’intérêt de la RDC, mais compte tenu des risques politiques, tous les projets sont revus à la baisse, avec l’espoir d’autofinancer leurs étapes successives de croissance. La Banque Mondiale-IFC est par ailleurs fortement sollicitée. Principales compagnies minières Générale des Carrières et des Mines (Gecamines): Cu, Co, Zn.Minière de Bakwanga (MIBA dont 20% Sibéka détenu à 80,4% par UM): diamants.Office des Mines d'or de Kilomoto (OKIMO): Au.Entreprise Minière de Kisenge Manganese (EMK-Mn): Mn.Société Minière du Congo (Somico): Sn, W, Au. Congo Etain: Sn. Projets avancés BHP Billiton : mine de Cu et Co de Tenke Fungurume (Katanga) Investment : 1685M$. Gecamines-Iscor (AFS) : réhabilitation de la mine de Kamoto :141M$.Anvil Mining : Développement des gis. de Cu de Kapulo et Dikulushi (Katanga) : 40M$America Mineral Fields -Anglo American : tailings Cu-Co de Kolwezi : 380M$.America Mineral Fields - Zincor (Kumba/Iscor): developpement de Kipushi First Quantum : développement du gis. de Cu de Lonshi EMK-Cluff : dioxyde de manganèse électrolytique et réhabilitation de la mine: 360M$ Tenke Fungurume : 55% Tenke Mining Corp. (Phelps Dodge) – 45% Gécamines : Cette société détient 55% du gisement Cu-Mo de Tenke Fungurume (TFM, Katanga) : 233 Mt @ 2,9% Cu et 0.27% Co (dont 92 Mt prouvés à 4,6% Cu et 0,36% Co). L’investissement est estimé à 1680 M$. A la fin de la faisabilité, TFM à déclaré la force majeure. La Banque Mondiale pourrait participer au financement. La mine pourrait produire 100 000 t de Cu et 6000 t de Co. L’histoire mouvementée de ce projet depuis 1968 a été retracé par J.C. Michel au BRGM. La dernière péripétie est le retrait de BHPB du projet. Kamato (Iscor) : Iscor souhaite réhabiliter la mine Cu-Co de Kamato copper/cobalt mine 50 Mt @ 3.5% Cu et 0.5% Co (pour 140M$), mais une première tentative à échoué pour raison sécuritaires et force majeure. Dikulushi (Anvil) : l’Australien Anvil Mining a exporté ses premiers concentrés de Cu-Ag de Dikulushi (1,94 Mt @ 8.6% Cu et 266 g/t Ag). La production sera d’environ 15 Kt/an de Cu et 1 Moz/an d’argent. L’investissement de la première étape est minimum et estimé à 5,7M$, le coût de production n’est que de 0,38$/lb de Cu. Kolwezi : 60% Congo Mineral Development - CMD (50% America Mineral Fields AMFi et 50% Anglo American) – 40% Gecamines : Tailings à Cu-Co avec 107Mt @ 1,32 % Cu et 0,32 % Co. Anglo sera opérateur et responsable du montage du financement (380 M$). Anglo demande un amendement du code minier pour définir les "tailings" comme gisement minier. Le projet pourrait produire 75 000 t de Cu et 12 000 t de Co. Kipushi (AMF - Zincor) : Zincor (Zinc Corporation of South Africa, filiale de Kumba Resources, filiale d’Iscor) fait la faisabilité (3,5 M$) de la réhabilitation de la mine de zinc et cuivre à très haute teneur de Kipushi avec America Mineral Fields International (AMFi) (9). Zincor a une option de 50 % contre une faisabilité bancable permettant de passer de 40,000 à 70,000 t/an de Zn en concentrés. Mais la Gecamines détient les droits miniers. Kipushi (Katanga) est à 30 km au SO de Lubumbashi. La mine a fonctionné de 1925 à 1993. Sa production a atteint 143 000 t de Zn et 43 000 t de Cu. Les galeries ont été entretenues mais la laverie est en ruine. Kipushi se présente comme un amas de sulfures massifs : 16,9 Mt @ 16.7 % Zn et 2.2 % Cu. (Ge !). MIBA (Jean Pierre Moritz, gérant) les Zimbabwéens ont envahit les concessions et exploitent les diamants. MIBA produit 6 Mct/an (en 1998: 6,6 Mct valant 94M$ avec un prix moyen de 14 $/ct). MIBA est la plus grosse unité industrielle d'extraction de diamants du Congo démocratique, dont le Crédit Agricole mutuel se retrouve le principal actionnaire, par prises de contrôle successives de groupes financiers belges et français. Projet de développement de diamant et nickel : 115 M$. Gecamines La Gécamines n’est plus que l’ombre d’elle-même, avec 1 milliard de USD de dettes et 28 000 employés pour ne produire moins de 30 000 t de Cu (contre 500 000 t en 1986). Le domaine Gécamines est divisé en 4 groupes : Western, Central, Southern and Sodimiza. Pour le développement de Kolwezi-Ouest, qui renferme les 4/5° des réserves de cuivre et de cobalt de la Gécamines, la Gécamines va créer un consortium de 6 companies (Anglo-American, Billiton, Iscor, First Quantum, Iscor , Union Minière et la CNNI )