Incroyable année sans pass

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

Mars 2008 -  La connerie serait de remporter la coupe mondiale de la faillite de l' Etat !  Parce que depuis une année, il  est resté impossible d' obtenir des passeports ! Cette coupe est pleine
 
 
Peines nourries ( pénuries)    Le Révélateur   mars 2008  TSHITENGE LUBABU M.K.  La rareté des passeports date du mois de janvier 2008. Elle a pris une ampleur sans précédent. Elle relève essentiellement d'une volonté politique et non des contours administratifs. C' est la toute première fois que le  Ministère des Affaires Etrangères connaît une crise aussi profonde. A l'arrivée de Laurent Désiré Kabila, le Gouvernement avait décidé de confier la gestion et la délivrance des passeports au Ministère de l'Intérieur. Mais cette crise n' avait pas duré longtemps, et le Ministère des Affaires Etrangères avait  récupéré cette attribution. En mars 2008, près de 14 000 demandeurs attendent un passeport coûtant 65 dollars. Le ministère des Affaires étrangères aurait  commandé et payé un lot de 100 000 passeports à l’Hôtel des monnaies, siège de la Banque centrale. Résultat : même les étudiants bénéficiant d’une bourse d’études à l’étranger, les grands malades ou les fonctionnaires en mission officielle restent bloqués. Les demandeurs n’ont d’autre choix que de s’adresser à des intermédiaires qui font payer jusqu’à 250 dollars. Une fortune.
 
Livraisons frauduleuses  RadioOkapi    53.000 passeports ont finalement été livrés pour satisfaire 23.000 demandes en souffrance. Il s' agit de passeports semi biométriques. Ils sont remplis mécaniquement, et la photo est scannée. La formalité nécessite un délai de 2 semaines. Les ambassades congolaises à l’étranger n’ont plus la compétence d' émettre des passeports. Seul le ministère à Kinshasa va désormais assurer cette tâche.
 
Les demandeurs de passeports ont été victimes de fraude. « C’est depuis le mois d’avril que j’ai donné de l’argent. J' ai utilisé trois personnes qui travaillent au ministère des Affaires étrangères et donné à chacune 150 dollars, ce qui fait au total 450 dollars». Le ministre des Affaires étrangères reconnaît que « toutes les demandes en souffrance ont été l’objet d’une procédure mafieuse que nous ne pouvons pas cautionner ».
 
Demain, les solutions     Janvier 2009  Radio Okapi  Le Potentiel    La délivrance des 53 000 nouveaux passeports semi biométriques a été suspendue. Selon le Ministre des Affaires étrangères, Tambwe Mwamba, « Ceux qui avaient passé la commande de la nouvelle série de passeports semi-biométriques ne s' étaient pas rendu compte qu’ils avaient commis une erreur monumentale, à savoir que les passeports semi-biométriques ont les mêmes numéros de série que les passeports qui étaient déjà en circulation ». Résultat, on passera directement aux passeports biométriques. Le premier lot sera fourni à la fin du mois de mars 2009. A partir du 1er avril, nous allons remplacer, en priorité, les mauvais passeports semi biométriques, soit gratuitement, soit on leur fera payer la différence avec le prix du passeport biométrique, qui va se situer autour de 100 dollars. »

Angolapress Kinshasa   LeSoft
     Un nouveau passeport permettra à la RD Congo, membre de l`OACI, de se conformer à la recommandation 9303 de l’OACI, relative à la lisibilité d’un passeport à la machine. L' ancien passeport présentait "des faiblesses notables du fait de sa personnalisation manuelle encore pratiquée à ce jour et de la photo qui est collée au lieu d’être imprimée". Le nouveau passeport est un livret fermé sur 88 x 125 mm avec coin supérieur et inférieur droit arrondi, épousant le "format OACI" adopté par tous les passeports du monde. Il est fabriqué dans ses pages intérieures en une matière thermo résistante de qualité supérieure qui supportent les attaques chimiques, la déchirure, l’humidité et des températures allant jusqu’à 180°C. L’OACI a donné aux Etats un délai limite qui court jusqu’en 2010.

 

DECRYPTAGE  mars 2008    Comment un pays peut se permettre de manquer de passeports? Surtout qu' il s' agit de documents de "valeur", dont le coût est payé par les bénéficiaires, sans fragiliser les ressources budgétaires? Comment un Etat serait incapable de faire une sorte de commerce de papeterie? Une telle faillite permet-elle de qualifier les décideurs pour la gestion d' enjeux plus complexes? Il y a d' abord eu une mauvaise gestion du "marché" qui a conduit à l' épuisement des stocks. Ensuite, on a accumulé la pénurie et fait exploser les demandes. On a favorisé le marchandage, la corruption, la désorganisation, l' anarchie. Et c' est la panne sèche. On pourra redémarreré le moteur, mais il y a de l' eau dans l' essence.


En la matière, la vision publique est un peu arriérée. Un passeport est une simple pièce d' identité. Dans la plupart de pays, le passeport est délivré par l' autorité locale, la préfecture ou la commune, au lieu où se trouvent les données d' identification ( nom, prénom, date et lieu de naissance, domicile). Mais en RDC on en a fait un document précieux qui nécessite un lourd dossier. Il faut un acte de naissance, un extrait de casier judiciaire, même pour des bébés, et même si le service du Casier Judiciaire ne centralise pas les condamnations prononcées dans le Pays. Tout cela est acheminé à Kinshasa, guichet unique pour tout le pays.


La régime policier de Mobutu confisquait les passeports pour permettre de retracer les visas obtenus et les frontières traversées. Les passeports étaient estampillés " propriété de l' autorité qui l' a délivrée". On remettait à l' Etat son passeport au retour de l' étranger, et on devait le retirer avant un nouveau voyage. L' Etat policier obligeait que les demandes de visas ne soient pas laissées à l' appréciation des pays à visiter; le citoyen devait présenter une "note verbale", par laquelle la Zaïre autorisait le pays étranger à accorder le visa ... Cette folie a duré jusqu' en 1991. Le premier ministre Crispin Mulumba Lukoji y a mis fin. Depuis, chacun garde son passeport avec soi.


D' autres réformes sont nécessaires. Il manque des hommes au pouvoir pour libérer les passeports congolais. Il n' est pas normal que la délivrance des passeports soit centralisée à Kinshasa. C' est une insulte à l'  unité du Pays, une injustice pour ceux qui n' habitent ni la commune de la Gombe, ni Kinshasa. Il n' est pas normal que la durée de validité soit de 3 années seulement, ce qui oblige à relancer trois fois la lourde procédure au lieu d' une seule fois tous les 10 ans...

 

 

2009    Et ce qui devait arriver arriva: des responsables stupides ont commandé des numérotations qui avaient déjà été utilisées. On n' a pas été en mesure de réfléchir davantage et de corriger cette bévue: il suffisait d' accoler une lettre avant ou après les numéros pour obtenir une nouvelle identification des documents, en utilisant le programme informatique qui remplit et "personnalise" les passeports.

Les solutions attendues n' en sont pas. Les passeports biométriques exigent que le titulaire se présente elle-même, et physiquement, pour le relevé de ses empreintes digitales, du fond de l' oeil et la prise d' une photo. Comment peut-on imaginer cela sans décider en même temps une décentralisation des guichets de délivrance? Déjà, avec les passeports semi biométriques, on avait disqualifié les ambassades. Contraindre tous les congolais de partout au Pays et de partout au Monde pour se faire " biométriser" au ministère à Kin sera le comble d' un Etat failli. Un supplice. L' obligation première d' un Etat n' est-il pas de penser citoyen ? De lui faciliter la vie?