DCP: La Regideso est elle-même un chantier !

Publié le par Grand Beau et Riche Pays


La Regideso est elle-même un chantier !

Gecamines et Regideso en conflit sur le forage de puits d’eau

RadioOkapi    La direction de la Générale des carrières et des mines du Congo, Gecamines, a décidé de forer ses propres puits d’eau dans ses sites des villes du Katanga. Un projet que la Régie nationale de distribution d’eau, Regideso, est déterminée à combattre. Cela a été décidé par le Comité de gestion de la Gécamines, et avalisé par son Conseil d’administration. Objectif : palier le déficit de la desserte en eau et se préparer à affronter la crise financière qui s’annonce. Aussitôt dit, aussitôt fait : la Gecamines est vite passée à l’action. Des engins sont déjà à pied d’œuvre en dépit des protestations de la Regideso. Cette dernière oppose deux arguments principaux. Primo, la Gecamines est débitrice de la Regideso pour un montant de 26 millions de dollars américains. Et secundo, un arrêté du maire de la ville de Lubumbashi rendu public récemment interdit tout forage en milieu urbain sans autorisation. En guise de représailles, la Regideso a coupé la fourniture d’eau au domicile de l’Administrateur délégué général de la Gecamines et annonce d’autres coupures aux domiciles d’autres cadres de cette entreprise. Un bras de fer est ainsi engagé entre les deux sociétés du portefeuille de l’Etat.
 
 

 

Decryptage  Décembre 2008     On ne peut pas parler de la REGIDESO sans penser au caractère prioritaire et vital de ses fournitures. Surtout en ces temps où l’ eau figure parmi les fameux Chantiers de la République. Mais cette entreprise d' Etat est sans conteste défaillante. Et tracassière. Mais comment se défendre lorsque le patron de la Gécamines se fait couper? Dans un passé récent, les membres du corps consulaire avaient "bénéficié" d' une tarification-canon. Voici une série de questions habituelles :

 

1.         La Rigideso a le monopole uniquement pour la distribution de l’ eau. Elle n’ intervient pas dans le forage des puits ; ceci relève de la CNE ( Commission Nationale de l’ Energie) qui donne des autorisations et qui fait payer une taxe.

 

2.         La question des puits mène à s’ interroger sur la qualité de l’ eau. Le public est devenu naïf, jusqu’ à croire qu’ il suffit de creuser un puits pour obtenir de l’ eau potable. Il n’ y a rien de plus faux, car toutes les eaux ne sont pas les mêmes ; certaines sont même dangereuses. Dans une ville comme Lubumbashi qui « flotte » pratiquement sur des nappes phréatiques, les eaux souterraines peuvent communiquer entre elles. Elles peuvent être chargées d’ acidité ( Ph) et de métaux lourds ( tels le plomb et le cadmium). L’ eau des puits a certainement de bactéries, du fait qu’ en ville les rejets des toilettes se font directement dans des puits perdus au lieu de transiter par des fosses septiques et bactéricides; il y a aussi la proximité des cimetières, usines, etc  La qualité des eaux de puits n’ exonère pas la Regideso. C’ est une maison de commerce et, comme vendeur de tout bien, elle ne peut commercialiser des biens impropres. Donc, l’ eau de la Regideso doit être potable à la sortie du compteur. Cette société pourrait donc répondre des cas de contamination hydrique.

 

3.         Suivant l’ article 5 de son Règlement d’ Exploitation, la Regideso est obligée de maintenir son réseau sous pression. Et la norme est de 2,5 bars. Cette société pourrait répondre des investissements que les abonnés doivent faire en citernes et pompes hydrophores, à cause de l’ insuffisance de pression.

 

4.         Suivant l’ article 4 du même Règlement, les compteurs sont la propriété de la Regideso. Il n’ est donc pas normal qu’ ils soient payés. On a noté que la Regideso facture une « location de compteur » ; encore faudrait-il qu’ il y ait matière à compter ! Lorsque aucune fourniture d’ eau ne parvient à l’ abonné, ce dernier ne devrait pas payer de location, car le compteur n’ a servi à rien…

 

5.         Il arrive que la Regideso décide unilatéralement que les compteurs fonctionnent mal, et les change. Ceci est contraire au Règlement. La défectuosité d’ un compteur doit provenir d’ un « étalonnage » par lequel on compare les résultats du compteur du client avec ceux d’ un compteur témoin. Selon l’ article 21, l’ abonné assiste à l’ étalonnage du compteur. C’ est seulement en cas d’ inexactitude dans les comptages que la Regideso peut annuler les factures litigieuses pour les remplacer par de nouvelles facturations conformes aux résultats de l’ étalonnage.

 

6.         Dans le cas où le compteur s’ arrête de fonctionner, la Regideso peut réclamer la moyenne des deux factures exactes, émises antérieurement ( article 22)

 

7          Lorsque la Regideso n’ a pas accès au compteur, elle peut émettre une facture forfaitaire. Mais selon l’ article 32, cette facture forfaitaire est le double de la facture précédente. A noter qu’il ne s’ agit pas d’ une sanction, mais d’ un paiement provisionnel qui pourra être inférieur ou supérieur à ce que l’ abonné devra réellement, suivant le relevé du compteur, une fois qu’on y aura accès.

 

8.         Il est fréquent que des changements de propriétaire ou de locataire entraînent un changement d’ abonné. Selon l’ article 30, il faut veiller à ce que l’ occupant antérieur résilie son contrat. S’ il le fait, la Regideso ne peut exiger des arriérés au nouvel abonné. 

 

La  Regideso est elle-même un "chantier" de la République, incapable d' appliquer son propre règlement. Il faut regretter que les clients-victimes s' adressent aux guichets de cette entreprise pour défendre leur cause. En décembre 2007, j' avais été victime de facturations abusives, suivies d' enlèvement d' un compteur déjà privé d' eau. Je n' avais pas résisté à ce cocktail explosif composé d' escroquerie et d' absurdité. J' ai fait traduire au tribunal les directeurs locaux de la Regideso. Il fallait les voir à la barre, tels des coqs au cou dégarni et incapables de baisser la tête pour s' abreuver. Quelques procès comme celui-là et l' eau coulerait mieux des robinets!