decrypt: hommage à nos pionniers

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

17 février 2008   Les Congolais, aussi, sont à compter comme pionniers de l' aventure coloniale et de la construction du Pays à ses premières heures


La Belgique au prisme du Congo

Le Monde Diplomatique Anicet Mobe 
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/MOBE/15529   Dans l' ouvrage ( La Belgique et le Congo, Nouvelle Histoire de Belgique, vol. 4, Complexe, Bruxelles, 2007) Guy Vanthemsche montre que le Congo n’a occupé qu’une place assez marginale sur la scène politique intérieure belge, sauf lors de la reprise de la colonie personnelle du roi Léopold par l’Etat, pendant les guerres mondiales, ainsi qu’en 1960 avec la dramatique décolonisation. Néanmoins, alors qu’elle était sans poids stratégique véritable, la Belgique acquit une stature internationale grâce à l’aventure coloniale. Cette médaille a eu son revers : Bruxelles a essuyé des critiques à l’Organisation des Nations unies (ONU) pour son aveuglement vis-à-vis des mouvements d’émancipation africains. La réédition de Congo. Mythes et réalités, Racine, Bruxelles, 2005, Réédition  de Jean Stengers démythifie minutieusement les innombrables légendes dorées et noires qu’apologistes et détracteurs de la colonisation ont fabriquées. Ces deux ouvrages fournissent aux Congolais des matériaux culturels permettant une lecture critique de tous les versants de l’histoire coloniale. A eux de s’en servir avec intelligence pour s’approprier une histoire, la leur, expurgée de toute forme de mythologie historique, qu’elle soit d’origine universitaire ou politique. Ainsi, au plus fort des polémiques sur les « bienfaits » de la colonisation, le président Joseph Kabila prononçait devant le Sénat belge, en février 2004, un discours rendant un vibrant hommage aux pionniers de l’aventure coloniale belge au Congo.

« Pionniers méconnus du Congo-Belge » 

Le Potentiel    « Pionniers méconnus du « Congo- Belge » est un livre cartonné de 344 pages,  un recueil qui contient plus de deux mille photos et illustrations. Il a pour auteur, un homme d’affaires grec du nom de Georges Antippas, né à Kolwezi au Katanga en 1956 et grandi en République démocratique du Congo. L’œuvre retrace la présence hellénique en RDC (jadis Congo-Belge) depuis plus d’un siècle. Le premier chapitre traite du Congo de Léopold II, le second est consacré aux pionniers hellènes du Congo-Belge, le troisième aux communautés étrangères, le quatrième parle de vie dans la colonie, le cinquième fait le récit des pêcheurs du Katanga, le sixième de la Deuxième Guerre mondiale et l’odyssée des réfugiés hellènes du Congo-Belge, le septième de l’après guerre et le huitième des biographies des Hellènes des provinces du Katanga, province Orientale, Léopoldville et du Rwanda-Burundi, sans oublier enfin la vie culturelle et les fêtes.

 

Décryptage du 17 février 2008    N' ayant pas été colonisé mentalement au pour avoir pu développer des réflexes de culpabilisation ou de louanges immérités. N' ayant surtout aucune dette envers la Belgique et les anciens coloniaux pour mon éducation et ma vie professionnelle. Je trouve néanmoins intéressants leurs récits et illustrations. Elles regorgent de recettes qui permettraient aux actuelle et future générations congolaises de cesser de désespérer devant la persistance des problèmes du Pays et leur complexité grandissante.

Je ne suis pas le seul. Anicet Mobé affirme aussi que " nous, les Congolais nous devrions lire et écrire". Déjà, la terminologie " Congo Belge " ne choque plus personne. Et c' est à Bruxelles, Kinshasa et Lubumbashi qu' a été présenté " Les pionniers méconnus du Congo Belge" avec lequel Georges Antippas illustre la saga de certains Grecs. Avant lui, ce fut "Shalom Bwana , la saga des Juifs du Congo" de Moïse Rahmani aux éditions Romillat. Mais à quand la saga des Congolais?

Il existe en ce moment une ASBL belge, "Mémoires du Congo".  J' avais participé à la projection de leur premier DVD de témoignages et de souvenirs de la territoriale coloniale. Seul negro dans la salle et, de plus, ni réfugié ni résident en Belgique, j' avais suscité la curiosité de plusieurs qui voulaient connaître mes réactions. Ces productions de Mémoires du Congo sont bel et bien présentables aux Congolais et au Congo-même. J' émets toujours le voeu de la collecte de souvenirs de familles congolaises. Ceci est de plus en plus difficile, car il y a peu de survivants. Et de moins en moins. L' enquête du Parlement Belge sur l' assassinat de Lumumba avait permis à plusieurs congolais de parler. Mais c' était à Bruxelles. Mémoires du Congo a reçu le jésuite Père Ekwa. C' est bien peu . Aussi ai-je décidé de faire de notre maison familiale de la cité, à la commune Albert, un petit musée, sans prétentions, de la vie de nos parents au temps ancien. Si cela se fait, une section sera consacrée aux témoignages des étrangers. Car à y réfléchir, la machine coloniale avait broyé dans la même moulinette tous ces pionniers de toutes races, conditions et nationalités, laïcs et religieux-mêmes. Tous étaient, à différents degrés, des "prolétaires" du capitalisme colonial.

Joseph Kabila s' était fourvoyé lorsque, le 10 février 2004 il s' était adressé au Senat belge en disant: " L’histoire de la République Démocratique du Congo est aussi celle des Belges, missionnaires, fonctionnaires et entrepreneurs qui crurent au rêve du Roi Léopold II de bâtir au centre de l’Afrique un État. Nous voulons à cet instant précis rendre hommage à la mémoire de tous ces pionniers".

Pionniers, les seuls Belges? C' est vraiment trop court. Les Grecs étaient considérés comme une sorte de race inférieure et, selon les règles d' urbanisme du temps colonial, ils habitaient du côté des cités indigènes, baignant dans des effluves de poissons et la poussière de la farine de manioc. Des Italiens avaient été internés, pendant la guerre, dans des camps de concentration de Ngule et d' Albertville. Le premier milliardaire de l' Histoire congolaise, Monsour ATTALA avait été boudé et exclu de la haute société, parce que Libanais.

Dans Noir Métallisé intitulé " Une mésentente cordiale", de juin 2004, je disais: " En fait de pionniers, il y a eu peu de vrais Belges engagés au Congo avant 1908. Mais des millions de Congolais. Pourquoi le qualificatif de pionniers reviendrait aux seuls passagers de chaises à porteurs, et pas à tous les participants à l’ épopée, à ceux  qui ont assuré l’ intendance, la logistique, à ceux qui ont eux-aussi payé de leurs vies, parfois au prix d’ atroces cruautés ? Sans eux, aucune route n’aurait été construite, aucun immeuble érigé, aucun steamer n’ aurait eu de bois pour naviguer.  Ensemble, ils ont forgé cette géographie qui fonde notre identité nationale d’ aujourd’hui.  Hommage donc à tous ces pionniers."