Décryptage: feu vert aux receleurs

Publié le par Grand Beau et Riche Pays

Lualaba : deux hommes arrêtés avec près de 140 mètres de fil électrique en cuivre et 300 kilos de blocs de cuivre

RadioOkapi    Le premier homme a été arrêtéi au pont Lualaba sur la route Kolwezi par la police nationale congolaise. Il se dirigeait vers Fungurume. Il a été conduit au bureau de la police Kolwezi pour être entendu. Le deuxième homme a été arrêté au même endroit. Il transportait près de 300 kilos de blocs de cuivre à bord d'un véhicule. Selon la police, le chauffeur s'est enfui. Notons que ces arrestations ont eu lieu 48 heures seulement après l'ultimatum de 10 jours lancé par le gouvernement provincial aux services de sécurité de Kolwezi pour retrouver les 10.000 mètres de câbles électriques volés.

Matadi : vol de 16 000 mètres de câbles électriques

RadioOkapi    Le vol de câbles est devenu monnaie courante à Matadi. « Au 30 mai 2008, 16 078 mètres de câbles ont été volés. Cela demande beaucoup de frais. Il faut nécessairement nous aider à sensibiliser la population Ces inciviques sacrifient toute une population.
 
 
 
 

Décryptage du 13/02/2008    Il y a une accélération des vols de câbles électriques en cuivre  ainsi que d' autres articles en alliages non-ferreux, comme les compteurs d' eau et les raccords de robinetterie. Ces produits métalliques seront volés aussi longtemps qu' ils pourront être revendus. Telle est la loi économique qui rencontre celle de la morale publique et du développement. Surtout si les acheteurs, receleurs restent libres et au grand air,
 
La cause immédiate de ce fléau est la décision irréfléchie d' interdire les exportations de minerais bruts sans établir des critères de performances métallurgiques. Dans un Pays où la Gecamines, en faillite, produisait du cuivre blister à 98% et cathode à 99,9%, on accueille comme investisseurs des forgerons qui enfournent les minerais de cuivre,  et qui  en enrichissent la teneur avec les conducteurs d’ électricité.  Une partie des performances à l’ exportation repose ainsi sur le démantèlement des infrastructures.
 
Parfois, ces équipements sont émiettés, transformés en grenailles, et exportés comme mitrailles.  Parce qu’ on délivre des autorisations d' exporter de la mitraille. Voilà un pays qui avait exporté des richesses pendant une centaine année pour acquérir des biens et des équipements métalliques. Même devenus hors d' usage, ce sont des réserves de métaux qui pourraient être recyclés localement. Mais on réexporte la mitraille, et on perpétue l’ économie coloniale en important des fers ronds, carrés et des tôles qui pourraient bien provenir des mitrailles made in RDC. On se paie même le luxe de consommer davantage de ferrailles importées qui remplacent les matériaux de construction locaux, jusqu' aux clôtures des habitations et lieux publics.
 
Mais la cause historique de ce trafic reste la nouvelle "culture du caillou" qui a accompagné les libérateurs de 1997. Depuis, le pays aurait progressé en s' installant dans l' âge de la cueillette. Tout le sol national est livré au ramassage de toute matière et de tout bien commercialisable. Il suffit qu' il y ait une demande. Et en matière de minerais, il n' y a pas de différence entre creuser ou ramasser, ou même sectionner. Il n' y a pas de différence entre travailler et soustraire frauduleusement, entre biens publics ou privés et vol.
 
A cause du profil bas de l’ Etat propriétaire souverain du sol et du sous-sol, les citoyens réclament la jouissance directe des richesses de leur sol. S’ ils payent des droits d' extraction, c’est aux chefs coutumiers et aux fonctionnaires racketteurs. L' Etat  ne se manifeste pas qu’ en aval, en grignotant des redevances à l' exportation. Mais , en amont, les minerais sont des "res nullius", n’ appartenant à personne. Dans ce système, tout cueilleur est devenu un inventeur ( NB. L' invention est la découverte et l' appropriation d ' un bien sans maître"). Par voie de conséquence, l’ absence de propriétaire des minerais bruts entraîne, dans l’ imaginaire populaire , l’ idée qu’ il n y a pas non plus de propriétaire des produits finis obtenus avec ces mêmes minerais. Surtout si la société d’ électricité est une émanation de l’ Etat-fantôme. Surtout comme les câbles transportent une marchandise invisible: le  courant électrique. Les voleurs, ne sont pas des voleurs lorsqu' ils emportent le récipient de ce qui n' existe pas et qui n’ est à personne. Les criminologues ont du pain sur la planche. 

 
Côté Pouvoir, on a opté pour des lignes en aluminium importé, parce que le cuivre serait irrémédiablement  volé... On fait le choix de ne plus utiliser les ressources naturelles de la RDC? De dépendre davantage de l’ extérieur ? Et en plus coûteux ? On ne se préoccupe même pas de la balance des paiements, de l' exportation de la valeur ajoutée ?
 
La même Autorité dénonce surtout les "inciviques". Comme si le vol et la destruction méchante relevaient du patriotisme... Un voleur et un criminel ne seraient que des citoyens ayant des opinions différentes. On appelle la population à dénoncer les voleurs pour les faire traduire en Justice. Les mêmes qui proclament que cette même Justice a perdu toute crédibilité et toute efficience. D’ ailleurs, les magistrats ne sont ni formés, ni outillés ou suffisamment assistés pour mener des enquêtes nécessitant d' importants moyens matériels, et des analyses de laboratoire.
 
L’ Autorité ne parle pas des véritables auteurs de ces vols de câbles. Les fameux investisseurs nouveaux dont elle vante l' afflux. Car plus il y en a, plus elle garnira de galons sur ses épaules. Cet aveuglément n' est pas nouveau. Au lendemain des pillages de 1991, le premier ministre Crispin Mulumba Lukoji s' était vanté lors de la cérémonie d' adieux à ces collaborateurs. Il disait: " Oui, nous avons très bien travaillé. Notre gouvernement avait  gagné la confiance des investisseurs...La preuve?  Voyez l' abondance des biens qui ont été pillés... Les entrepôts débordaient de marchandises … En 2008, aucun fondeur/receleur n' a jamais été appréhendé, ni sanctionné. "  Voyez combien on vole de câbles ! c' est le pays qui redécolle!"
 

JUILLET 2008    J' ai eu à discuter de ces vols avec le Gouverneur. Les yeux dans les yeux, il m' a avoué qu' il connaissait l' importance et même les réseaux des receleurs, mais qu' il était impuissant. Je lui ai suggéré un protocole d’ éradication « radicale ». Il ne l' a pas mis en application. Bien au contraire, lorsqu' on a volé 10.000 mètres de câbles du côté de Kolwezi, il a donné un ultimatum à la police et à la Justice pour arrêter les voleurs. Pas les receleurs...